
dans cette contrée ; il me fut impossible de m’en
préserver dans ma chambre ouverte à tous les
vents, et je souffris cruellement de ses atteintes. Les
jours suivants je ressentis de nouveau quelques
symptômes de cholérine, et je restai presque constamment
cloué dans mon réduit. Le Mollah fut
très-serviable pour moi et me fournit tout ce qui
m’était nécessaire, autant que pouvait le lui permettre
l’excessive pénurie de la ville. Ses visites quotidiennes
et sa conversation enjouée et instructive apportaient
une agréable diversion aux maux et aux soucis
dont je souffrais. Le choléra sévissait alors avec rage
à Ferrah, et la frayeur qu’il éprouvait de cette maladie,
frayeur qu’il manifestait d’une manière exagérée,
m’amusait autant que le reste. Il faisait tuer
chaque jour un boeuf et distribuer sa viande gratuitement
aux indigents pour se rendre le ciel favorable;
bien plus, il me pria de trouver dans les ressources
de mon imagination un remède pour le préserver du
fléau. Je fus enchanté de sa confiance en ma science
médicale, car elle me donna le pouvoir de lui faire
quitter un sachet, suspendu à son cou, qui contenait
quelques gousses d’ail, du camphre et de l’assa-foetida,
dont l’odeur combinée me suffoquait chaque fois qu’il
venait me visiter; je remplaçai ces drogues par des
herbes odorantes, et il eut la certitude d’avoir été
préservé par leur effet salutaire.
Deux villes ont porté le nom de Ferrah. Elles sont
distantes d’une heure l’une de l’autre. La plus ancienne,
construite bien avant l’expédition d’Alexandre,
est située à une demi-heure de distance et au Sud
du Ferrah-Roud, au milieu d’une gorge entourée de
trois côtés parles derniers contre-forts des montagnes
de laParopamisade, dont elle commande l’entrée. Vers
le Sud, la perspective est ouverte et se déroule à perte
de vue sur l’immense plaine du Sistan, où deux ou
trois pics isolés, jetés en avant de l’Hirmend et du lac
Roustem, viennent seul rompre la monotonie des
lignes.
La ville actuelle forme un carré long, courant du
Nord au Sud ; son développement est d’une demi-
farsang ; à celte différence près de grandeur, elle
est exactement construite comme Hérat, et, comme
celle-ci, entourée d’un énorme épaulement de terre
tassée, pétrie avec de la paille hachée. Un chemin
couvert circule extérieurement sur son pourtour. Son
élévation totale est en moyenne de 14 à 15 mètres.
On y a construit sur le sommet un grand nombre
de tours reliées par des courtines, et ce mur s’est tellement
solidifié que la pioche ne peut l’entamer. Plu-
: sieurs gouverneurs de Ferrah ont voulu le percer et
n’y ont pas réussi, même en l’arrosant; il aurait fallu
faire jouer la mine, car deux choses seulement peuvent
le ramollir : le vinaigre et la neige fondante. Le
Hérat ne fournirait pas assez de vinaigre pour les
travaux nécessaires, et Saadet-Mulouk, fils de Châh-
Kamràne, ancien gouverneur de Ferrah, m’a assuré
que la neige ne tombait guère qu’une fois tous les
cinquante ans dans le pays. Cet épaulement si dur
devient mou comme de la terre glaise détrempée
quand la neige fond, mais au premier soleil il se sèche
et devient encore plus dur qu’auparavant. La tradi