
nains sont les seuls arbres qu’on voie dans les environs.
Enfin, nous arrivâmes à Ferrah, et il était
temps. Épuisé par les souffrances, les fatigues et les
privations que j’avais subies depuis deux mois, la der-
mere course, de Kandahar jusqu’ici, m’avait complètement
anéanti au physique : je n’étais plus soutenu
que par cette surexcitation morale que l’espoir entretient
dans le coeur de l’homme. En arrivant près
de la ville, nous nous retirâmes à l’ombre d’une
immense coupole, qui servait autrefois de glacière au
gouverneur, et Mirza-Khan s’en alla seul porter la
lettre du Serdar au Mollah, Mahmoud-Akhoud-Zadèh,
commandant de la forteresse. Deux heures s’écoulèrent
avant son retour. Il avait d’abord été très-mal
accueilli par le Mollah, qui ne voulait pas me recevoir,
et l’engageait à me reconduire à Girishk; cependant,
au récit des souffrances et des dangers auxquels
j ’avais été en butte dans le Kandahar, il s’était
décidé à m’accueillir.
Ferrah est une ville moitié moins grande que Hérat,
mais exactement construite Sur le même plan. Je
Jus logé dans un trou situé au-dessus de la porte d’entrée
du côté du Nord ce local était dans un état de
délabrement difficile à décrire et ouvert à tous les
vents, qui soufflaient avec violence à cette époque ; ils
s y engouffraient par huit énormes ouvertures, à travers
lesquelles le soleil dardait aussi ses rayons dans
1 intérieur. Des myriades de frelons m’y avaient
précédé et établi domicile dans les interstices que
la chute du plâtre, avait laissés entre les briques
de la voûte, Leur bourdonnement continuel au-dessus
de ma tête, sur laquelle ils s’abattaient à chaque
instant en se livrant bataille, provoquait chez moi un
mouvement nerveux et une inquiétude dont je souffris
beaucoup; c’était un désagrément auquel je n’avais
pas encore été soumis. J’avais toutes les peines
du monde à me préserver des piqûres de ces insectes
pendant le jour, et de celles des scorpions pendant la
nuit. Ce fut ma plus grande occupation pendant mon
séjour à Ferrah. J’avais, il est vrai, pour compensation
une douzaine de très-petites souris, se jouant sans
cesse autour de moi, sans s’effaroucher de ma présence
; elles avaient sans doute été apprivoisées par
mes prédécesseurs dans cette chambre, car elles venaient
prendre jusque dans ma main les miettes de
mes repas. Elles me procurèrent une agréable distraction,
et, lorsque je les quittai, je fus tout attendri de
notre séparation.
7 octobre. — Le lendemain, à midi, je reçus la
visite du gouverneur, le Mollah Mahmoud-Akhoud-
Zadèh. C’était un gros homme, court, à la face joviale
et pleine de douceur; espèce de Rabelais en turban;
se bourrant le nez de tabac à chaque minute. Six personnes
raccompagnaient; à leur peau d’un bronze
clair et à leurs yeux expressifs, je reconnus des Bé-
loutches. Deux d’entre eux portaient la barbe et de
longs cheveux, blancs comme la neige. Après s’être
assis et m’avoir examiné pendant dix minutes en silence,
suivant l’habitude afghane, le gouverneur me
salua par un « Khoch-amédid (soyez le bienvenu). Tu
« n’es pas pour moi un étranger, me dit-il, car nous
« avons déjà fait connaissance à Hérat, où j ’étais lors