
Les tentes de nomades s’y dressent en plus grand nombre,
surtout en été ; ces indigènes amènent avec eux
de grands troupeaux de dromadaires, de moutons et
de chèvres. Les chevaux y sont mauvais et rares. Le
matin et le soir on voit les onagres arriver au galop,
par bandes de plusieurs centaines, et se précipiter
dans la rivière pour se désaltérer. Les habitants leur
donnent la chasse et mangent la chair de ces animaux,
qu’ils trouvent inférieure à celle du chameau, mais
qu’ils placent à un degré au-dessus de celle du cheval
et du boeuf. S’ils prennent ces animaux vivants,
chose fort difficile car ils s’enfuient avec une rapidité
fabuleuse et se laissent difficilement approcher, on
les envoie à des chefs, comme objets de curiosité, ou
bien immédiatement on les tue et on les mange, parce
qu’on ne peut les utiliser à aucun travail de force, tant
leur peau est mince et facile à s’entamer. Leur course
est aussi rapide que celle du meilleur cheval arabe,
leur forme élégante, délicate même, la tête très-petite,
l’oeil vif, le poil ras, couleur d’ocre, légèrement zébrée,
les oreilles courtes et les jambes d’une grande finesse.
Nous arrivâmes près du village de Khach à nuit
close et en restâmes à un quart d’heure. C’était là
que nous devions échanger les chevaux prêtés par le
Mollah Mahmoud, contre des dromadaires de la localité.
Pour ébruiter le moins possible le passage d’une
aussi grosse troupe d’hommes, Assad-Khan et un
de ses serviteurs se rendirent seuls au village. Ils revinrent
au bout de deux heures, accompagnés d’un
Béloutche, ami d’Assad-Khan, et me donnèrent la
fâcheuse nouvelle que tous les dromadaires étaient
partis la veille, à vide, pour aller prendre un chargement
d’objets anglais à Kélat et les introduire en
fraude, sans payer le droit de douane, dans le Kanda-
har et le Hérat. Chacun émit alors son avis; le mien
était de retourner à Ferrah, car jamais voyage ne
m’avait fatigué et pesé comme celui-là. J’étais en
proie à de tristes pressentiments; mais Assad-Khan
fut blessé de cette proposition et insista pour continuer
notre route jusqu’à l’Hirmend, avec les chevaux
du Mollah. Je cédai à regret à son désir,
et la suite prouva combien mes craintes étaient
fondées. Nous ne pouvions éviter les dangers et les
privations dont nous avions la perspective qu’à la
condition de franchir rapidement les distances, et
des dromadaires nous étaient indispensables pour
cela. Je le comprenais et Assad-Khan aussi, mais cette
mission était, une occasion favorable de prouver son
zèle à Yar-Méhémed-Khan, et elles sont si rares, quand
on n’est pas placé immédiatement sous l’oeil du chef,
qu’il tenait à ne pas la laisser échapper : son avenir et
sa fortune en dépendaient. Une fois que l’avis d’Assad -
Khan eut prévalu, nous songeâmes à souper, car
nous étions affamés. Nos provisions étant épuisées,
l’ami Béloutche de ce dernier fut nous chercher des
mets tout préparés au village. Il revint bientôt portant
une grande gamelle en bois remplie de kourout
recouvert de kechk. Après avoir plongé mes doigts
dans son contenu, comme mes compagnons, j’en retirai
une pâtée que je crachai avant de l’avoir avalée,
Je me croyais empoisonné ; ce n’était cependant que
des tiges d’assa-foetida, vertes et conservées dans de