
« l’anarchie en permanence ; je le comprends par1 ce
« que je vois de mes Afghans : ce sont des hommes
« Comme les autres, mais ils ne me respectent que
«parce qu’ils me craignent, et c’est en les compri*
« mant toujours que je réussis à leur inspirer cette
« crainte. Si Dieu n’avait inspiré la terreur aux
« hommes en leur signalant les tourments qui doivent
«les punir de leurs fautes, observeraient-iis les
«prescriptions de son saint livre (le Koran)? Je ne
« le pense pas. Le despotisme me paraît donc la
« meilleure forme de gouvernement pour faire le
« bien. Cependant si vous pouvez m’enseigner un Sys-
« tème préférable, je m’empresserai de le pratiquer.
« — Ce système, lui répondis-je, vous a déjà été dé-
« montré par les Anglais quand ils ont occupé votre
« pays. Faites comme eux, régularisez toutes choses
« conformément à la justice et à l’équité* eneoura-
« gez le commerce et Fdgriculture; construisez des
« monuments d’utilité publiquef àsSürez la sécurité
« des routes; réprimez la tyrannie des agents subal-
« ternes ; que le peuple sache ce qu’il doit à l’État et
« soit exempt d avanies après l’avoir payé^ soyetf sur
« alors que votre pays prospérera, que ses richesses
« s’augmenteront et que la population, au lieu de fuir,
« se décuplera, car elle chérira le princë qui lui aura
« fait connaître le premier l’ordre, la justice et l’a-
«bondance; la reconnaissance qu’elle lui vouerà
«sera la garantie la plus sûre de la durée de soh
« pouvoir. »
Kouhendel-Khan m’écoulait, mais n’était pas convaincu
t il était visible que je lui faisais l’effet d’un
— ItHt —
utopiste à courte vile p n’ayant aucune idée vraie
de la science gouvernementale, Comme effectivement
je n’ai aucune prétention sur celte matière,
je me hâtai d’abandonner ce sujet irritant pour
en venir au principal objet de ma visite : je le
priai vivement de me laisser continuer mon. voyage,
Il éluda d’abord avec assez d’embarras de répondre
directement à ma question ; mais poussé à
bout par mon insistance , il me répondit ainsi :
« Quoique souverain indépendant et absolu du Kan-
« dahar, ma qualité de frère cadet de l’Émir Dost-
« Mohammed, de Kaboul, me fait une loi de consulter
« ce chef de notre famille sür chaque affaire im-
s portante qui vient à surgir : ton arrivée ici est une
« de celles dont je ne pouvais me dispenser de Tin*
« former > puisque ton intention est de traverser ses
« États. Je lui ai donc écrit le même jour où j ’ai reçu
« la lettre de mon fils qui m’annonçait ta présence
« à Mahmoud-Abad, mais sa réponse ne m’est pas
« encore parvenue, et c’est lui qui doit décider de
« ton sort. Cependant, je puis t’assurer d’avance que
« son désir comme le mien est qu’il ne t’arrive rien
c< de fâcheux, et soit qu’il m’ordonne de te diriger sur
« Kaboul ou sur Chikarpour, je te promets de pren-
« dre .toutes les mesures nécessaires pour assurer
« la sécurité de ton voyage. Ne t’alarme point de
« mon refus de te laisser sortir de ton logis, la pru-
« dence seule a dicté cet o rd re , car en circulant
« dans les bazars il pourrait t’arriver malheur : un
« fanatique n’aurait qu’à t’assassiner, je ne pourrais
« te ressusciter en le tuant moi-même, et puis que