
« sauraient nous prouver que tu n'es pas Anglais, car
« tu peux les avoir dérobés à un Français, et cela me
« paraît être la vérité, conviens-en ? » Cette sortie faite
d’un ton calme, mais avec netteté et d’un air de profonde
conviction, me jeta dans un embarras que mon
trouble dut révéler au Serdar. Cependant je l’assurai
que la qualité d’Anglais était assez honorable pour que
je ne cherchasse point à m’en dépouiller si je la possédais
réellement, mais que j’étais Français, ce qui
valait tout autant, et que je me présentais à lui tel
que j’étais, lui disant la vérité sans aucune arrière-
pensée.
Kouhendel-Khan ne me parut pas convaincu, mais
abandonnant tout à coup ses investigations sur ma
personne et mes intentions, il commença une longue
péroraison dans laquelle, jetant un coup d’oeil rétrospectif
sur le passé, il se plaignit en termes très-vifs
tout à la fois des Anglais, des Russes et des Persans.
Il reprochait vivement aux premiers d’avoir violé les
conventions que Burnes avait faites, au nom de son
gouvernement, avec lui et son frère Dost-Mohamrned;
d’avoir envahi déloyalement le pays ; de l’avoir bouleversé
et d’avoir mis de côté tous les gens de quelque
importance pour les remplacer, dans les emplois
publics, par des gens de rien. Il tenait le
gouvernement russe pour non moins déloyal, parce
qu’il n’avait pas, assurait-il, tenu vis-à-vis de lui le
quart des engagements que Vikewitch avait pris en
son nom : « Le Czar, me dit-il, nous a laissé envahir
« par les Anglais et a abandonné Méhémed-Châh au
« moment où il allait s’emparer de Hérat; quand mon
« fils était déjà parti à la tête de 4,000 cavaliers
« pour faire une diversion favorable à ses opéra-
« lions du côté de Ferrah. Ainsi ces deux nations
«dont nous avions la plus haute opinion, et dont
« la véracité et la loyauté étaient proverbiales parmi
« nous, ont prouvé que cette réputation était usur-
« pée : elles ne le cèdent à aucune autre en du-
.« plicilé. Mais les Afghans, bien instruits aujour-
« d’hui de ce que valent leurs promesses et leurs
« protestations d’amitié, qui n’ont pour but que l’as-
« scrvissement de ce p ay s, ont cessé de prêter
« l’oreille à des conseils perfides, tendant à les ar-
« mer les uns contre les autres : on l’essaierait vai-
« nement aujourd’hui, et tu as dû t’eu apercevoir
« depuis ton entrée dans cette principauté, car il n’y
« a partout qu’un seul cri : Guerre à mort aux
« Frenguis, aux infidèles!» Arrivant ensuite aux
Persans , Kouliendel-Khan ne les ménagea pas davantage
et se livra à une foule de récriminations
contre le Chah et son premier ministre Hadji-Mirza-
Aghassi, mettant sur le compte de leur sottise et de
leur incapacité les mauvais résultats du siège de Hérat,
et les accusant en outre de l’avoir fourvoyé dans des
négociations qui avaient amené sa ruine; mais ce dont
il paraissait conserver le plus de ressentiment, c’était
de la manière dont il avait été traité par eux pendant
qu’il était réfugié en Perse; il trouvait au-dessous de
ses mérites et de son rang le fief dont l’avait gratifié
Méhémed-Châh pour le mettre à même de subvenir à
son entretien et à celui de sa famille, Ce fief se composait
du district fie Chéri-Babek, situé entre Kerman et