
la défiance des Béloutches. Effectivement ils nous demandèrent
qui nous étions, où nous allions et ce que
nous nous proposions de faire. J’admirai la présence
d’esprit et la prudence des réponses de Rahim, cousin
d ’Assad ; s’il eût parlé seul, il n’aurait sans doute
pas réussi à nous procurer des chameaux; mais il nous
aurait au moins tirés de ce mauvais pas. L’impatience
et la brutalité d’Assad-Khan perdirent tout et provoquèrent
un de ces épisodes assez fréquents dans l’Afghanistan,
il est vrai, mais dont je me souciais fort peu.
Le Khan, fatigué des entraves qui s’opposaient à
notre voyage, prit la parole pour les lever; son ton dé
menace et d’autorité n ’en imposa point aux Béloutches,
qui étaient chez eux et se sentaient en force.
A la fin, il oublia toute prudence, les injuria, et s’il
n’eût pas été reconnu, je crois qu’il serait allé jusqu’à
leur jeter son nom à la face comme un défi. Aussitôt
son identité établie, les Maméssani poussèrent des cris,
des vociférations et un hourra de fureur. L’alarmé
courut d’un bout à l’autre du campement comme
une étincelle électrique; les femmes et les enfants vociféraient
et nous jetaient des pierres ; la plus grande
partie des hommes se précipitaient sur leurs armeà
et leurs montures, tandis que d’autres se pendaient
aux brides de nos chevaux pour nous empêcher dé
fuir. Notre position était des plus critiques, et la foule
des Béloutches grossissait comme la tempête autour
de nous. Cependant, à l’aide de quelques coups dé
sabre vigoureusement appliqués et grâce à une éùer-
gique résistance, nous les éloignâmes un moment et
profitâmes de leur hésitation pour partir au gà-
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lop. Nos chevaux étaient fatigués par six jours de
marche, et pourtant ils paraissaient comprendre le
danger où nous étions, car ils filaient comme l’éclair.
Mais deux heures de ce violent exercice les mirent
sur les dents, et ils n’avançaient plus que stimulés
par l.es jurons et les coups de fouet. Ce contretemps
était des plus fâcheux, car les BéloutcJjes
étant parvenus à réunir quelques dromadaires, nous
poursuivaient avec toute l’ardeur de la vengeance.
Nous les distinguâmes bientôt et reconnûmes l’impossibilité
de leur échapper. Nous arrêtâmes donc
aussitôt notre course pour donner à nos chevaux
le temps de souffler, et attendîmes le choc, bien
décidés à vendre chèrement notre vie. Plusieurs
Béloutches s’étant, un moment après, imprudemment
avancés sans être soutenus par le gros de leurs forces,
nous fondîmes impétueusement sur eux. Assad-Klian
tua roide d’un coup de pistolet le premier qui se présenta,
mais il fut lui-même blessé d’un coup de sabre
à l’épaule, et nous nous décidâmes de nouveau à la
retraite. Ùn pli de terrain nous déroba promptement à
la vue des Béloutches, et, pour les dépister tout à fait,
■ nous passâmes sur la rive gauche de l’Hirmend, par
un gué situé à la hauteur de Kaléhi-Sebz, où, par
parenthèse, l’eau était très-profonde. Cependant cette
ruse né nous réussit point ; trois quarts d’heure après
nous avions l’ennemi sur les talons, et nous comptions
de vingt à vingt-cinq hommes contre nous.
Nous engageâmes le combat une seconde fois avec
eux en gens désespérés. Leurs dromadaires se mouvaient
assez difficilement au milieu des taillis; nos