
« expédition militaire. Ce ne sont pas seulement ces
« traits, caractéristiques pour un fleuve, qui nous
« font tirer cette conclusion : mais on ne doit pas
« avoir oublié que ses rives sont peuplées et cultivées,
a II faut donc regarder l’Oxus comme une rivière
c< navigable et dont on peut très-aisément étendre
« davantage la navigation. C’est un fait de la plus
« haute importance pour la politique et pour le com-
« rnercé, soit qu’il arrive qu’une nation ennemie
« le mette à profit pour satisfaire son ambition, soit
« qu’une puissance amie y cherche les moyens de
« donner de l’extension à son commerce. Dans ces
« deux cas, l’Oxus présente plusieurs belles perspec-
« tives, puisqu’il est la voie la plus directe, à l’excep-
« tion cependant d’un désert étroit, si l’on veut
« unir les nations de l’Europe aux contrées de l’Asie
« centrale les plus reculées '. »
Burnes aurait pu ajouter à cela que la navigation
n’est pas le seul moyen de locomotion pour transporter
une armée dans ce pays, et qu’en suivant par terre
les bords du fleuve avec tout son matériel, une expédition
serait toujours prête au combat et éviterait bien
des inconvénients. Une armée russe marchant dans
cette direction pourrait indifféremment prolonger son
mouvement jusqu’à Khoulm, ou s’éloigner du fleuve
dès son arrivée à Tchardjouï, pour gagner ensuite
Merv par le désert, et descendre de là jusqu’à Hérat,
le long des rives fertiles et si bien peuplées du
Mourghâb. Aucun obstacle sérieux ne l’arrêterait
1 Ce passage esÇ extrait de Burn’s Travels into Bokhara,
vol. II, p. 197.
dans sa marche, car le désert situé entre l Oxus et
Merv n’est pas d’une difficulté telle à franchir qu on
ne puisse la surmonter. Les Khans de Khiva et les
Émirs de Bokhara l’ont suffisamment démontré en
faisant des expéditions presque annuelles pour s emparer
de Merv, et cela à la tête de dix à douze mille
cavaliers. Comment se seraient-ils exposés aux dangers
signalés par Burnes, s’ils les avaient jugés aussi
sérieux que lui ?
Partout où il n’y a pas possibilité de suivre
l’Oxus, on peut sans inconvénient s’éloigner du fleuve
jusqu’à une distance de cinq ou six farsangs de
chaque côté, avec la certitude de trouver toujours
assez d’eau pour les besoins des troupes, dans
les puits nombreux destinés à abreuver les troupeaux.
Ces puits peuvent, d’ailleurs, etre facilement
creusés en peu de temps et avec peu de travail*
l’eau se rencontre presque partout à trois ou quatre
mètres de profondeur; le terrain, de nature siliceuse,
offre peu de résistance, et on le soutient par
des morceaux de bois placés en croix, de distance en
distance, formant étai sur des planches appliquées
contre les parois du puits.
On rencontre des taillis ou des broussailles presque
partout dans les steppes, e t, pendant l’hiver et le
printemps surtout, le pays est couvert d’herbe en
quantité suffisante pour nourrir les chevaux d’une
armée. Je ne mentionne ce fait que pour répondre
d’avànce aux arguments de quelques personnes qui
s’obstinentà prétendre qu’on ne trouve rien au tre chose
>[ue du sable dans ces déserts. Du reste, en fût-il ainsi,