
les populations de l’Inde. Ces derniers se verraient
certainement aussitôt menacés sur leurs derrières,
dans leurs propres possessions; et il est facile de prévoir
que loin de pouvoir opposer à l’ennemi la totalité
de leurs forces, ils seraient obligés de les scinder,
pour en employer la meilleure partie, c’est-à-dire
celle qui se compose de soldats anglais d’origine, à
réprimer les révoltes qui éclateraient presque partout,
surtout parmi les populations sikes, mahrattes
et scindiennes nouvellement conquises et dont le
concours leur est si nécessaire, puisqu’elles se trouvent
immédiatement placées en arrière de leur ligne
d’opération.
Les Sipahis de la Compagnie des Indes sont certainement
suffisants, car ils sont commandés par des
officiers anglais, pour faire la guerre aux Asiatiques ;
mais ils se démoraliseraient à l’approche des Russes
et ne soutiendraient pas leur choc pendant cinq minutes
’. Si, comme cela est supposable, la guerre
éclatait en même temps en Europe et en Asie, le
gouvernement britannique ne pourrait envoyer dans
l’Inde qu’un très-petit renfort de troupes nationales;
e t, deux mois après leur arrivée dans ce pays, les
trois quarts auraient probablement déjà succombé
sous l’influence pernicieuse du climat : c’est un fait
qui a été constaté chaque fois que les soldats de la
Reine sont arrivés dans l’Inde sans faire cercle. Aussi
i Telle n’est pas cependant l’opinion des militaires qui résident
dans le Népaul, à qui il a été possible de voir certaines
choses cachées à M. Ferrier ou non remarquées par lui, relativement
aux qualités militaires des Indiens. — Ed.
maintenant les prépare-t-on à ce séjour en leur faisant
tenir garnison, pendant plusieurs années, dans les
colonies intermédiaires de.Gibraltar, de Malte, du
Cap, d’Aden ou de Ceylan, pour y commencer leur
acclimatation ; et pourtant la mortalité est toujours
très-grande parmi eux : il est vrai que, malgré lès
raisons spécieuses alléguées par les médecins anglais
en faveur de leur régime, il faut attribuer cette mortalité
particulièrement à l’alimentation trop stimulante
dont les troupes européennes font usage dans ces
contrées. Les soldats russes, plus sobres et plus endurcis,
seraient aussi décimés, sans doute, mais dans des
proportions beaucoup moins effrayantes, surtout si
on les choisissait dans lès provinces méridionales de
l’Enipire russe, où lè Climat et le genre de vie des
habitants se rapprochent beaucoup plus de ceux de
l’Inde que dans la froide et humide Angleterre.
En réfléchissant à l’immense attirail de mulets, de
chameaux, d’éléphants, qui porte au nombre de
Soixante à quatre-vingt mille les embarras de l’armée
anglo-indienne, quand elle se compose de vingt-cinq
ou trente mille combattants, on reste stupéfait des
superfluités en tout genre qu’on y tolère. Un officier,
même un simple enseigne, est obligé, sous peine de
déchoir aux yeux de tous, de tenir un train de
Naxvab. Le nombre des serviteurs particuliers de ces
officiers, joint à celui des conducteurs de bêtes de
somme et des cantiniers, est toujours double de l’effectif
des combattants, et souvent triple. Sur ce point
encore”, les Russes l’emporteraient, car ils n’ont pas
l’habitude de vivre, même à la guerre, avec tout le
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