
huèrent au moins à ce qu’il ne m’arrivât pas pire,
car il s’efforça constamment de rendre mes bourreaux
plus traitables. Prévoyant bien que mes bagages
n’échapperaient pas à l’avidité du Serdar, il
cacha ce que j ’avais de plus précieux dans son logement
particulier, et je ne gardai près de moi que
les objets de première nécessité et auxquels je tenais
le moins.
Ce que m’avait dit le Serdar sur les deux Anglais
récemment venus dans le Kandahar me préoccupait
vivement. Je profitai donc de la première occasion où
je me trouvai seul avec le Mounchi pour le prier de
me donner quelques renseignements sur eux. Il me
répondit que le premier dont on m’avait parlé avait
été reconnu et arrêté à Girishk même, puis transporté
dans le district de Zémindavar, et remis aux mains du
Serdar Ahkter-Khan. Le second, qui parlait parfaitement
le persan, avait pris un costume de Séyid
et se faisait passer pour te l, se disant natif de
Samarcande, et répondant aux questionneurs qu’il se
rendait en pèlerinage à la Mecque. Il était accompagné
de deux domestiques et tous trois étaient parfaitement
montés, armés et équipés. Il était depuis huit
jours à Kandahar quand on soupçonna son identité :
ce fut le Mounchi Feïz-Méhémed qui lui en porta la
première nouvelle. Aussitôt après avoir reçu cet avis,
il monta à cheval et quitta furtivement la ville. Kou-
hendel-Khan ne s’aperçut de sa fuite que le lendemain
et envoya des cavaliers à sa- poursuite. Jamais
personne n’a su à Kandahar s’il avait été atteint ou
non, car ces cavaliers ont gardé là-dessus un profond
silence. Quoi qu’il en soit, le Mouhchi m’assura que le
prétendu Séyid s’était révélé à lui comme Anglais et
l’avait assuré que plusieurs de ses compatriotes, ayant
fait partie de l’armée d’occupation du Kaboul, avaient
été transportés comme esclaves en Turkestan, où,
moins heureux que lu i, ils y traînaient encore une
malheureuse existence. Je crois me souvenir que le
colonel Sheil, auquel je rapportai le fait quand je revins
à Téhéran, en 1846, fit son possible pour délivrer
ses compatriotes, et qu’il envoya l’Afghan
Àkhoud-Zade-Salèh-Méhémed1 à leur recherche;
mais cet homme empocha l’argent qu’on lui remit et
remplit très-imparfaitement sa mission.
Je crus d’autant plus à la sincérité du Mounchi qu’à
mon passage à Khoulm un Afchard, ainsi que je l’ai
déjà dit, m’avait fait connaître la présence de ces infortunés.
Une autre circonstance qui survint quelques
jours après mon arrivée à Mahmoud-Abad aurait suffi
p'our m’enlever jusqu’au moindre doute sur la présence
d’un Anglais à Zémindavar, si j ’avais pu en
conserver à cet égard. Yoici ce dont il s’agit : un Si-
pahi d’Akhter-Khan, commandant de ce district
(Zémindavar), rôdait autour de moi depuis mon
installation dans le kalèh et n’osait m’approcher dans
la crainte d’exciter les soupçons de mes gardiens. J’avais
remarqué son embarras et plusieurs signes d’in-
1 C’esi le même homme qui sauva la vie au capitaine Abbal,
sur les rives de la mer Caspienne, quand il était tombé entre
les mains des Turkomans, et qui fournit les seuls rapports exacts
que l’on ait jamais eus sur l’exécution de MM. Stoddart et de Co-
nolly.—R.