
choisie. Les collines qui l’environnent sont couvertes
d’arbres enlacés par de vigoureux ceps de vigne, qui
semblent réunir leurs branchages en une seule masse
de verdure, tant ils sont multiples et inextricables. De
belles eaux fournissant d’excellentes truites coulent en
tout sens dans cette vallée, où l’on rencontre des
ruines très-étendues. Zerni est à peu près éloignée de
40 farsangs de Hérat, et contient quelques familles
Ghèbres, les seules, je crois, qui habitent l’Afghanistan
1 ; sa population n’est plus que de 1,200 habitants
Souris et Téhimounis.
La principauté de Gour occupe son petit coin dans
l’histoire asiatique. Elle forma, dans le xue siècle, une
souveraineté indépendante, dont les princes se rendirent
célèbres par la prise et le sac de Ghaznèh. Ils
étendirent leur domination sur tous les pays connus
aujourd’hui sous le nom d’Afghanistan et de Sistan.
La dynastie des Gourides commença l’an 1150 de J. - C.
(545 de l’hégire) et se maintint soixante-quatre ans au
pouvoir; elle compta cinq souverains qui sont :
Allal-Eddin-Djéhan-Souz qui régna six ans; Seïf-
Eddin-Mohammed, sept ans; Gliyaz-Eddin-Aboul-
Fetah, quarante ans; Chéhab-Eddin-Aboul-Mou-
zaffer, quatre ans, et Mahmoud, sept ans.
17 Juillet. — L’étonnement du Serdar Habib-Ullah-
Khan avait été grand en apprenant mon arrivée dans
son camp. J’allai le visiter à la pointe du jour et il
m’accueillit avec une politesse que je crus de bon
1 Si M. Ferrier ne se trompe pas, cette particularité est très-
curieuse, car on ignorait qu’il existât encore des Ghèbres entre
Kerman et les Grandes-Indes. — Ed.
augure. Nous discourûmes longuement sur le voyage
que je venais de faire, et il parut fort étonné que je
l’eusse accompli sans accident, tandis qu’un Afghan ne
pourrait parcourir quatre farsangs dans le pays sans
risquer sa vie. Il tira ensuite de sa poche la lettre que
lui avait écrite Osman-Khan, renfermant celle que
cette brute adressait toute décachetée à Yar-Méhémed-
Khan, et il me les lut toutes deux. Il me fut facile de
réfuter les stupides accusations qu’elles formulaient
contre moi, ou, du moins, le Serdar parut ne pas y
ajouter foi; cependant, il me refusa obstinément la
permission que je lui demandais de me rendre directement
de Zerni à Kandahar, dont le souverain,
suivant lui, était l’antagoniste le plus déclaré de son
maître. Il m’objecta que si le Yézir-Saheb avait voulu
me laisser passer par cette ville, il ne m’aurait pas dirigé
sur Balkh. J’eus beau lui ju re r que celui-ci m’avait
donné le choix et que j ’avais opté de mon plein gré
pour la route du nord, il pensa que sa responsabilité
serait trop engagée en me laissant aller où je désirais.
Il fallut donc me résoudre à perdre mon temps pendant
trois jours dans son camp, afin d’attendre qu’il fît partir
pour Hérat un courrier, avec lequel il devait me
faire retourner dans cette ville.
Je fus tellement désespéré de ce nouveau contretemps
que je pensai en tomber malade de chagrin.
Fallait-il donc que, depuis trois mois, j ’eusse souffert
tant de fatigues en pure perte ? Et la belle saison se
passerait-elle avant que je fusse arrivé dans cette
principauté de Kaboul, où l’hiver est si rigoureux
que toutes les communications sont alors intercep