
dominateurs de l’Océan qui réunissent une grande force
à des dimensions très-étendues. Au premier aspect, le
xiphias espadon nous rappelle les grands acipensères ,
ou plutôt les énormes squales et même le terrible
requin. Il est l’analogue de cés derniers ; il tient parmi
les osseux une place' semblable à celle que les squales
occupent parmi les cartilagineux; il a reçu comme eux
une grande taille, des muscles vigoureux, un corps
agile, une arme redoutable, un courage intrépide, tous
les attributs de la puissance; et cependant tels sont les
résultats de la différence de ses armes à celles du requin
et des autres squales, qu’abusant bien moins de son
pouvoir, il ne porte pas sans cesse autour de lui, comme
ces derniers , le carnage et la dévastation. Lorsqu il
mesure ses forces contre les grands habitans des eaux, ce
sont plutôt des ennemis dangereux pour lui qu’il repousse,
que des victimes qu’il poursuit. Il se contente
souvent, pour sa nourriture, d’algues et d’autres plantes
marines ; et bien loin d’attaquer et de chercher à dévorer
les. animaux de soir espèce, il se plaît avec eux ; il
aime sur-tout à suivre sa femelle , lors même qu’il n’obéit
pas à ce besoin passager, mais impérieux, que ne
peut vaincre la plus horrible férocité. Il paroît donc
avoir et des habitudes douces et des affections vives.
On peut lui supposer une assez grande sensibilité ; et
si l’on doit comparer le requin au tigre, le xiphias
peut être considéré comme l’analogue du lion.
Mais les effets de son organisation ne sont pas seuls
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remarquables ; sa forme est aussi très-digne d’attention.
Sa tête sur-tout frappe par sa conformation singulière.
Les deux os de la mâchoire supérieure se prolongent en
avant, se réunissent, et s’étendent de manière que leur
longueur égale à peu près le tiers de la longueur totale
de l’animal. Dans cette prolongation, leur matière s’organise
de manière à présenter un grand nombre de
petits cylindres, ou plutôt de petits tubes longitudinaux:
ils forment une lame étroite et plate, qui s’amincit et se
rétrécit de plus en plus jusqu’à son extrémité, et dont
les bords sont tranchans comme ceux d’un espadon ou
d’un sabre antique. Trois sillons longitudinaux régnent
sur là surface supérieure de cette longue lame , au bout
de laquelle parvient celui du milieu ; et l’on apperçoit
un sillon semblable sur la face inférieure de cette même
prolongation. Une extension de l’os frontal triangulaire,
pointue et très-alongée , concourt à la formation de la
face supérieure de la lame, en s’étendant entre les deux
os maxillaires , au moins jusque vers le tiers de la longueur
de cette arme ; et sur la face inférieure de cette
lame osseuse , on voit une extension analogue et également
triangulaire des os palatins s’avancer entre les
deux os maxillaires , mais moins loin que l’extension
pointue de l’os frontal. Ce sabre à deux tranchans est
d’ailleurs revêtu d’une peau légèrement chagrinée.
La mâchoire inférieure est pointue par-devant ; et sa
longueur égalant le tiers de la longueur de la lame
tubulée , c’est-à-dire , le neuvième delà longueur totale