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pas bien entendu eux-mêmes ce qu'ils vouloient enfeigner
aux autres.
Ce font ces réflexions qui nous ont engagé à faire
depuis plus de trente ans des recherches fur tout ce qui
pouvoit nous mettre en état de traiter une matière aufli
importante. Nous n’avons pour cela épargné ni peines
ni dépenfes, nous étant tranfportés plulîeurs fois exprès
dans nos principaux ports de mer, fous les aufpices de
Monfeigneur le.Grand Amiral de France , des Minif-
tres de la Guerre & de la Marine , & du Directeur
Général des Fortifications. Nous avons aufli parcouru
les Pays-Bas Autrichiens & la Hollande, afin de nous
rendre propres les chofes que nous voulions enfeigner-
Mais comme il ne fuffifoit pas d’avoir vu ce qui ayoic
été fait de plus remarquable, qu’il étoit néceflaire fur
toutes chofes d'être inftruit de quelle maniéré on s’y
étoit pris pour l’exécution; tant de foins euflent peut-
être été d’une foible reflource, fi la fortune qui entre
toujours pour quelque chofe dans les fuccès, ne nous
eût favorifés, en nous faifant rencontrer dans le commerce
de quelques-uns de nos plus célébrés Ingénieurs,
ce que nous pouvions defirer pour remplir notre objet.
Ainfi nous avons raflemblé de toute part des richeffes
ineftimables, que l’on ne trouve que dans les fourcesjjoù
nous lès avons puifées. Quelle perte pour les gens du métier,
& même pour leseurieux, fi tant de précieux morceaux
fuflent reliés dans l’oubli ! Il efl: vrai que ce n étoit
point un petit travail que d’en former un corps d’ouvrage
traité méthodiquement, ôc qu’il falloir être bien
hardi pour ofer l’entreprendre : mais trop de timidité
tient de l’indolence, il efl: permis de fuivre fon génie,
quand on fe voit éclairé comme nous l’avons été, par
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un nombre d’habiles gens de tous les pays où la nécef-
fité a fuggéré des moyens d’éviter un mal commun , ou
de fe procurer un bien général; ayant entretenu une
correfpondance avec tous ceux qui pouvoient nous fournir
des fecours. Ainfi c’eft le fruit des méditations & de
la longue expérience des plus grands Maîtres, qui com-
pofe le fond de ce Traité.
Les difficultés que l’on éprouve ordinairement quand
on veut bâtir dans l’eau, venant prefque toujours de la
mauvaife qualité du fond, qu’il faut le plus fouvenc
mettre à fec, nous avons commencé par le détail de
tout ce qui devoit concourir à la conflruCtion des ouvrages,
fans négliger letabliifement des batardeaux, ni
le choix des machines pour enfoncer les pilots, dont
le plus ou le moins de perfection tire à une extrême
conféquence pour l’économie &c la célérité du travail.
Ceux qui n’ont confidéré ces chofes que fuperficielle-
ment,: feront étonnés de voir combien elles font fuf-
cepdbles d’une jufte analyfe, & de quelle néceflité il efl:
d’en favoir faire un bon ufage.
Les éclufes étant la plus eflentielle partie de l’Archi-
teCture Hydraulique, l’on s’efl: attaché à les développer
à fond dans le cours de ce premier volume , dont elles
compofent la matière principale. Comme jufqu’ici la
grandeur de leurs, membres a été purement arbitraire,
nous les avons aflùjetdes à des réglés générales, dans le
goût de celles qui font établies pour les Ordres de l’A r-
chiteéluue civile ; c’eft-à-dire, qu’à l’imitation des Architectes,
qui divifent le demi-diamètre inferieur de la
colonne en un certain nombre de parties égales, afin
de déterminer les membres d’un Ordre,. nous avons
divifé la largeur des éclufes en n modules pour fixer
les leurs;. & en partant de cette bafe fondamentale,