
2 oS A r c h i t e c t u r e H y d r a u l i q u e , L i v r e I ,
on travailla aux faux radiers pour l’entrée & la fortie des eaux;
on leur donna a chacun dix toifes de longueur, terminées par
des palplanches, comme on a fait à ceux de Téclufe de Mar-
dick.
On débuta d’abord par un lit de glaife de i 8 pouces d’épaif-
feur, couvert d’un autre de fafeines, tuné de la maniéré que
nous venons de l’enfeigner ; enfuite on planta des pilots de fapin
rouge de 8 à 9 pouces quarrés 8c de 8 pieds de longueur, placés
dans des alignemens parallèles aux files de palplanches, à 6 pieds
d’intervalle en tout fens de milieu en milieu, formant un échiquier.
Les têtes furent arrafées à 6 pouces plus bas que le bord
lupérieur du radier, pour y faire des tenons, comme aux précédons
deflinés à recevoir des traverfînes de 8 à 9 pouces d’équar-
rifTage ; mais auparavant on pava avec de grofles pierres dures
pofées debout ôc de champ, tout le deiïùs des fafeines fur la hauteur
des tunes, qui étoit d’environ 1 1 pouces ; fur ce pavé l’on
étendit un lit de terre glaife de 10 pouces d’épaifTeur, bien con-
royé 8c battu à la demoifelle jufqu’à la hauteur de l’épaulement
des tenons des' pilots. Après quoi l’on pofa toutes les traverfînes
qui furent attachées avec des goujons de fer comme à l’ordinaire;
obfervant que- la première fervoit de ventriere à la file de palplanches
du bord du radier. L’intervalle vuide qui regnoit entre
les traverfines, fut rempli d’une continuation de terre glaife,
élevée jufqu’à leur arrafement ; enfuite le tout fut recouvert d’un
plancher de chêne de 2 pouces Sc demi d’épaiffeur, bien cloué,
chevillé, calfaté, brayé, goudronné, 8c redoublé fur joint
d’un fécond plancher de deux pouces, travaillé de même que
celui du vrai radier, lequel fe trouvoit d’alignement avec celui-
ci que l’on prolongea encore de 4 à 5 toifes par de fimples fascinages
, tunés 5c pavés comme il eft dit ci-devant.
CHAPITRE
C hap. X I. D e la construction des B a jo yer s . 203
C H A P I T R E X I .
D e la conflruction des Bajoyers de maçonnerie.
330. A Près avoir rapporté ce qui pouvoit appartenir à la fon- Réflexion
dation des éclufes, 8c détaillé leurs vrais 8c faux ra- fyrlanUcffiti
diers, il nous relie à parler de la conftruétion des bajoyers , qui J vecc°bL™Zn
ne demande pas moins d’attention que le refie, principalement de foin la ma-
la maniéré d’employer la pierre dé taille pour les paremens ; car
nous tâcherons de ne rien omettre de tout ce qui mérite d’être ^ ^
travaillé avec un foin extraordinaire, les éclufes n’ayant point
de partie qu’il ne faille préferver des dégradations que le choc
impétueux de l’eau peut caufer. Ces dégradations font d’autant
plus eflèntielles à prévoir, que ce n’efl qu’avec de prodigieufes
dépenfes 8c les plus grandes difficultés qu’on parvient à les rétablir
: c’eft pourquoi il feroit à fouhaiter que les maffifs de maçonnerie
fuflènt faits d’une feule pierre. Or comme cela eft impof-
fiblc , ce n’cfl qu’à force d’attention qu’on peut parvenir à lier les
matériaux d’une maniéré indifToluble ; 8c l’on ne doit jamais
perdre de vue, dans le cours de la conflruétion, que fi par la fuite
une feule pierre de parement venoit à s’ébranler, l’aétion de l’eau
netarderoit guere à la détacher, delà fucceffivement toutes les
autres, fi fortes 8c fi pefantes qu’elles foient; d’où s’enfuivroit la
ruine de l’éclufe avant même qu’on eût le tems d’y apporter du
remede, ce qui peut dans bien des cas caufer la perte totale d’un
pays plat, fî elle'répondoit à la mer, 8c que ce malheur arrivât
dans.le tems des équinoxes, où il feroit plus dangereux que jamais'
qu’elle trouvât un pàfTage pour franchir les bornes que les dunes
ou falaifes lui prelerivent. Comme il ne faudroit qu’une demi-
heure pour voir toute une province fubmergée, dès que le mal a
une fois commencé, toutes les forces humaines enfemble ne
parvîcndroient point à en empêcher les fuites.
Ce font ces objets de terreur qu’il faut envifager 8c faire fentir
à ceux qui ont part à la conftruétion d’une éclufe de conféquence,
quand on eft aux parties critiques, afin que chacun foit furvei liant
à donner à l’ouvrage toute la bonne façon dont il peut être fuf-
ceptible. Mais en voilà a (Fez de dit pour faire voir l’importance
de tout ce que nous allons enfeigner.
11. P a r t ie . Tonte I . Dd