
Cours de la
riviere d 'A a ,
depuis fa
fource jufqu’a
fort embou- •
chute à la mer,'
à une demi- \
lieue de Gra-'
velines. In-
convénient de
cette riviere. ■
Philippe I I I ,
Roi d'Efpa-
gne, fait faire
un canal de
Gravelines à
la mer, pour
faciliter l'écoulement
de
la riviere-
d’A a .
On conflruît
fu r ce canal
une grande
dcluje entre
314 A rchitecture Hydraulique, L ivre I I ,
437. La riviere d’Aa prend fa fource au-deflùs de Renty, village
du pays d’Artois, qui étoit autrefois une petite ville fortifiée,,
détruite en 1638. De Renty cette riviere pailè à S. Orner, delà
àWatte, gros bourg entre cette placé Sc Gravelines, dont elle’
côtoie les glacis des ouvrages qui répondent au front regardant
la mer, où elle fe jettoit-.avant 1738 , après avoir traverfé de
l’oueft au nord , fur une demi-lieue de chemin, une petite plaine'
de fable remplie de dunes, Sc s’être divifée en plufieurs bras fi-
nueux dont le lit n’avoit prefque point de fond.
Le pays que cetre riviere parcourt fùr l’étendue de fept lieues
depuis S. Orner jufqu’à Gravelines , eft extrêmement fertile,
mais fi plat que le cours des eaux eft prefque infenfible ; d’où
il naiffoit des débordemens continuels qui inondoient fucceflive-
ment plus de cent mille arpens des meilleures terres de Flandre
parce que vers fon embouchure les maréesqui remontent jufque
dans lesfoffésde Gravelines, la faifoient refluer,en même tems-
que les fables des dunes voifines, portés par les vents , en com-
bloient le lit.
A ces inconvéniens fe joignoit encore celui de ne pouvoir rc-
nouveller les eaux du foflé de la place ; ce qui en rendoit l’habitation
fi mal faine, que Gravelines étoit regardée depuis un tems-
immémorial comme le tombeau des garnifons qu’on y envoyoit.
438. Les chofes étoient en cet état, lorfque Philippe I I I , Ro i
d’Efpagne, fit creufer au commencement du fiecle paffe un canal
proche Gravelines , pour conduire à la mer les eaux de la riviere
d’Aa par un chemin plus court Sc plus-direét que celui qui répon-
doit depuis la ville jufqu’à'fon embouchure, afin de remédier aux
défavantages précédens, Sc en' même tems pour que ce canal’
fervît de port de relâche aux bâtimens Efpagnols que la tempête
ou le voifinage de Calais mettroit en danger.
Ce canal, qui commençoit près de la ville , fut aligné à peiï
près du fud eft au nord-oueft , Sc fe trouvoit par cette fituation
moins expofé à être comblé par les fables des dunes voifines ,,
parce qu’il approchoit d’avoir la même direétion que-celle des-
vents qui régnent le plus ordinairement fur cette côte , au lieu
qu’ils traverloient l’ancien lit ; attention bien efftntielle â avoir,,
quand il s’agit d’orienter ces fortes de canaux, lorfqu’on a la
liberté de les difpofer heureufement.
43*9. Environ à neuf cent toifes de la contrefcarpe, où fe terminent
la laiffe de la haute mer, lesEfpagnols firent une grande
éclufe avec double paire de portes , afin que celles d’Ebes étant;
C hap. I. D e t a il de l’anc. Ecluse de G r a v e l in e s .^ 3 15
fermées dans le tems des mortes eaux , le canal put tenir à flot
les bâtimèns qui s’y fuffent trouvés, fans empêcher l’évacuation
des eaux de la riviere d’A a , qu’on devoir laiflèr ecouler par des
pertuis ménagés à cette fin. Cependant comme une éclufe auffi
éloignée du feu de la place auroit été bien expofée en tems de
guerre, & qu’elle étoit alors fort allumée de la part de la France
Sc de la Hollande contre l’Efpagne, Philippe I II la fi t protéger par
un fort à quatre baftions, qui devoir fervir en meme tems a défendre
la tête du canal contre les entreprifes du cote de la mer.
440. Ce canal avec fon éclufe étoit achevé, la riviere d’Aa
commençoit à y prendre fon cours , St le fort etoit déjà bien
avancé , lorfque le Cardinal de Richelieu, fentant tout 1 avantage
que l’Efpagne en alloit tirer, par l’inquiétude qu’il donne-
roit aux ports de Boulogne Sc de Calais, forma le deflein de le
détruire entièrement. Pour cela il fit aflembler fous ces deux
places fept à huit mille hommes, dont la conduite fut fi bien
ménagée, qu’ils vinrent à l’improvifte envelopper les troupes qui
étoient campées pour la garde des travaux, comblèrent le canal,
ruinèrent i’éclufe Sc raferent le fort Philippe, fans que la garnifon
de Gravelines, qui étoit alors très - foible, put s’y oppofer ni
même tirer fur les François, de crainte d’offenfer les leurs qui
avoient tous été faits prifonniers. Le renverfement des ouvrages
fut fi complet, que lesEfpagnols ne fe mirent point en devoir
par la fuite de les rétablir ; ainfi la riviere d’Aa reprit fon ancien
cours, le pays continua d’être fubmergé , Sc Gravelines refta
auffi mal fain qu’auparavant.
Gravelines iî»
la mer, foute-
nue par un
fort nommé le
fort Philippe.
Le Cardinal
de Richelieu
fa it marcher
un corps de
troupes qui
comble le cornai,
441. Il eft bien furprenant que depuis 1669 que cette place a
été cédée à la France par le traité des Pyrénées, l’on ait été plus
de foixante-dix-huit ans fans fonger à rétablir un canal qui de-
voit lui procurer les mêmes avantages dont on avoit cru devoir
priver l’Efpagne : apparemment que d’autres foins plus importans
ne l’ont point permis. Il fe peut aulfi que la mémoire de ce canal,
auffi-tôt détruit que formé, fe foit perdue par le laps du tems ,
n’étant refté que les foibles veftiges du fort Philippe , que Ion
voit encore aujourd’hui, Sc qu’on pouvoir attribuer feulement a
une ancienne défenfive de la côte ; autrement feroit-il croyable
que M. le Maréchal de Vauban, fi attentif à procurer le bien
public, Scqui connoifloit mieux que perfonne le mauvais état
de la riviere d’A a , puifqu’il y avoit fait conftruire en 1699 l’é-
clufe B à porte tournante, que l’on voit vis-à vis la branche
droite de l’ouvrage à cornes ae la ville bafle, pour donner plus
& détruit
l ’éclufe & le
fort.
Reflexion fu r
l ’utilité de ce
canal ; comment
ila p u fe
faire quon notait
pas rétabli
aujji-tôt
queGr avelines
a pajfé au
pouvoir de la
France.
P l a n c .