
04 ARCHITECTURE HïDH.AULIQUE, LlVRE I
C H A P I T R E V I I .
D e la maniéré de fonder les Eclufes fu r un mauvais
terrein.
QUoiqüe j’aie traité aflez amplement dans le neuvième chapitre
du troifieme livre de la S -1er. c i des In g é n ieu r s , les
différentes maniérés de fonder les édifices , félon la qualité du
terrein qu’on peut rencontrer, je reprens encore ce fujet pour
les éclufes, parce qu elles occafionnent des pratiques eflèntiellcs
à leurfolidité , que je vais faire enforte de traiter à fond; 1 aillant
énfuite à la prudence de ceux qiti.auront la conduite d’un travail
auffi épineux, & qui demande autant d’attention, d’y faire
les changemens qu’ils croiront les plus convenables. Tout ce
que l’on peut exiger de ceux qui écrivent pour l’inftru&ion des
autres, eft de leur donner des réglés générales qu’ils puilient
modifier félon les occafions,
t e tanin 238, Nous réduirons à deux efpec-es différentes, toutes les
miiWufn natures de terrein fur lequel les éclufes peuvent être afl.fcS. Là
/. 1 n première, eft celle qui n’eft point alfez ferme pour y élever un
c:.-t réalité ouvrage de cette conféquence, fans fuppléer par i’art à ce qu’elle
t /u dm à de mauvais; nous en ferons le principal fujet de ce chapitre
O t rr..vivais & des fuiva ns,
jeud. I_a fécondé efpece eft celle qu’on a coutume de comprendre
fous le titre de bon. fond , tel qu’eft le roc, le tuf, & la marne ,
fur lequel on peut fonder'fans craindre les affaiffemens. Comme
les fondemens fur ces qualités de terrein font d'une conftruc-
tion fort différente des précédées, nous en parlerons immédiatement
après, pour fuivre l’ordre qui m’a paru le plus convenable
afin d’éviter les répétitions inutiles, Ainfi voulant commencer
à traiter notre fujet par ce qu’il a de plus difficile , nous
prendrons pour exemple ce qui a été exécuté fur un fable mouvant,
à la conftruftion de l’éçlufé qui étoit autrefois dans le
fond du port.de Dunkerque, à l’embouchure du canal de Ber-
gucs, dont elle avoit retenu le nom ( 6 1 . ) Les développemçns
.en font rapportés fur la planche quatorzième, de façon à donner
une parfaite intelligence du travail qu’on y a exécuté : il eft
vrai que cette écjufe pe fe trouvoit pas dans les proportions que
C h a p . V U - D e l à m a n i é r é d e f o n d e r l e s É c l u s e s . 1 3 5
nous avons preferites , en parlant de la maniéré de les tracer, P l. XIV-
dans le chapitre IV ; mais elles n’en étoient pas moins belles
ni dignes d’admiration quand on faifoit jouer les eaux du canal
pour les nétoyemens du port, par la manoeuvre des portes tournantes
; ce qui s’exécutoit avec une aifance mcrveilleufe. Nous
n’avons point repréfenté ces portes tournantes dans le profil SC
l ’élévation de cette éclufe , celles qu’on y voit étant ordinaires ,
pour n’offrir d’abord que des choies fimplcs, ne s’agiflànt pré-
lentemenr que des fondations. *10
S E C T I O N P R E M I E R E .
D e la man ière d ’é t a b lir la charpente p r o p r e à la fo n d a t io n & a u
ra d ie r d e s éclufe s f t u é e s J u r un f a b l e m ou van t.
JE paffe fous filence les précautions qui furent prifes pour le
déblais des terres, la conftrucftion des batardeaux , & l’éta-
bliflement des machines déftinées à entretenir la fondation à
fec ; ces th-ofes ayant été fuffifamment expliquées dans le chapitre
précédent. '
Après que l’on eut tra'cé bien exactement tou tes les parties de.
l ’éclufe, de maniéré qu’elle eût 26 pieds de largeur, fur 8 5 de longueur,
& marqué l’épaifl'eur des bajoyers, la pofition des contre-
forts, &c. l’on fixa les endroits où l’on dévoie enfoncer des pilots,
afin qu’ils répondilïènt aude flou s des ventrieres & des traverfi-
nes , dont le nombre fut déterminé par l’intervalle que l’on s’é-
toit propofé de leur donner en fuivant le plan du projet. On remarquera
que ce plan eft partagé en quatre parties égales, donc
chacune montre lucceflivcmcnr le progrès de l’ouvrage.
239. Les pilots avoient depuis 10 jufqu’à ; 1 pieds de Ion- Befcrtpnoa
gueur, félon que la fonde l’avoit exigé pour être battus à refus, fur * [
10 fie 10 pouces de grofïcur : car lorfqu’ils doivent être enclavés
dans la maçonnerie , il faut les faire plutôt quartés que ronds, forte canal de
afin d’en mieux garnir le pourtour. On en planta quatre doubles t er~
rangées, pour porter les v entrieres qui dévoient enclaver par le pk pour en-
fommet les files de palplanches, enfoncées aux extrémités A , B Q t " r .tr f“*,
du radier; les autres C D , fous les fenils- â , b , & une feule r l l 'n f i Z u -
rangée E F , à l’endroit de l’alignement des angles formés par v d f ad.
les bajoyers & les branches ; parce que là les palplanches font Pl . X IV ,
Amplement attachées contre la ventriere qui y régné, & non Fig- t