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pouvoient «■ - voient devenir bien terribles ; puifqu’à moins d’avoir fu fe porter
pojerles ennc- avantageufement, il fe fût mis en danger de noyer des quartiers
en entier, ou de les enfermer de maniéré qu’ils n’auroicnt pu
éviter d’être battus ; mais ce qu’il y avoit de plus trifte Si de plus
cruel, c’étoit que les éclufes ayant joué avec toute l’induftrie
qu’on pouvoit y apporter, on n’eût pas trouvé une pinte d’eau
douce à fix lieues à la ronde de Dunkerque. Je laide à penfer s’il
fe peut rencontrer une pofition plus critique pour une armée
affiégeante, obligée de féparer fes quartiers, par conféquent toujours
en danger d’être maltraitée? A quoi l’on peut ajouter que
le pays.étant inondé, l’air devient mal fain , 8i caufe quelquefois
plus de dépériflement par la mauvaife fituation du camp »
que par la perte des batailles.
Difficulté de S 2. Les habiles gens qui avoient une parfaite connoilTanee du
former l^jîégC' paySj prétendoicnc qu’il n’étoit pas poffible d’entreprendre le'
reUtivemntà liège de Dunkerque, fans former en même tems celui de Ber-
cc qui gue s , afin de les circonvaller toutes deux, parce que fans cela,
précédé. ]’une auroit toujours donné du fecours à l'autre,Si tousles jours
de nouveaux rafraîchilfemens par la communication du canal de-
Bergues, qui étant foutenue des deux forts, Louis 6c François,
ne pouvoit jamais être interrompue ; en ce cas-il auroit fallu
une armée innombrable, qui n’auroit même pu- parvenir à former
cette circonvallation, à caufe des inondations dont nous;
venons de parler. D ’ailleurs il auroit fallu auffi une armée navale
pour le liège de Dunkerque, laquelle auroit eu beaucoup ai
fournir de la part des bancs qui en couvrent la rade, 6c de nos
vailïèaux qui fe feroient tenus fous- la protection des forts quii
étoient à la tête des jettées. Et comme nous avons vu précédemment
que les ennemis, n’ont jamais pu parvenir anciennement a
empêcher les vailïèaux- d’entrer & de fortir du- port, que n’au-
roit-on pas dû attendre de 1a- valeur Se de l’habileté des Dun-
kerquois, pour procurer à la place tous les fecours qu’elle pouvoir
tirer delà mer? Voilà- à peu près- les difficultés: générales- qui fe1
fufïènt rencontrées pour entreprendre le liège de Dunkerque ,
qui n’ont rien de comparable avec celles qui ont eu lieu, dans;
les lièges précédées, parce qu’il s’en falloir bien que cette place
fût dans l’état où. elle a été mile depuis. Mais;fuppofons qu on.
les ait furmontés ; voyons ce qui fût arrivé dans, l’attaque St lai
défenfe particulière.
du ^fon'Ltms ^3 • Nous avons dit que Tes deux feules attaques qui pouvoient
?ltu%uicBir fe faire, étoient par les efplanades de la citadelle St de Nieuport,
Chap. IL Description d e Dunkerque. 37
encore femble-t-il qu’on ne pouvoit en entreprendre qu’une, n’étant
pas croyable que l’ennemi voulût partager fon armée pour
les embrallèr toutes deux en même tems; parce qu’elle fe fût
trouvé coupée par le canal de Bergues, les forts qui les foute-
noient, les inondations, St par Bergues même. Un coup d’oeil
fur la carte du pays fuffit pour en juger.
Par cette raifon , il eft à remarquer que le camp retranché ne
pouvoit être attaqué que par la partie répondante, au côté de la
place que l’ennemi auroit choifi : ainfi l’on n’avoit point à craindre
que l’attaque du camp fût entreprife par plufieurs endroits
en même tems ; 8t comme ce ne pouvoit être que beaucoup au-
deffous du fort Louis, pour en éluder le feu, l’ennemi ne pouvoit
jamais embrafler qu’un petit front, aifé à défendre par la réunion
des forces qu’on pouvoit lui oppofer; encore ce front eût-il
toujours été fournis au feu formidable de l’artillerie de la place,,
difpofée pour le bien recevoir.
On penfera peut-être que fon meilleur parti eût été de commencer
par le fiége du fort Louis ; puifque s’en étant une fois
rendu maître, le retranchement tomboit de lui-même; mais l’en-,
treprife n’étoit point pratiquable, parce que ce fort étoit environné
d’une inondation qui s’étendoit à quatre-vingt toifes- autour
de fon glacis,-Si que l’on pouvoit pouffer à plus d’une demi-
lieue , en laiflant entrer les marées dans le canal de Bergues. Que
fi l’ennemi avoit voulu le bombarder, on s’en fût mis peu en.
peine, puifqu’en y laiflant feulement une petite garde pour fournir
quelques fentinelles, afin d’obferver ce qui fe paffoit au-de-
hors, le refie de la garnifon fe fût retjré dans le camp retranché,
à portée de voler en cas de befoin au fecours du fort. Ces raifons,
foutenues des précédentes, prouvent invinciblementque la place
pouvoit compter pendant tout le fiége fur les avantages que lui
procureroient le camp retranché,. Si fa communication avec
Bergues. ?
84. Suppofant donc que l’ennemi eût déterminé fon attaque
par l’efplanade de Nieuport, qui étoit la feulequi pût lui convenir
, il auroit eu à la vérité un bon terrein pour ouvrir la tranchée,,
mais l’on avoit auffi un beau front pour fe défendre, compofé
des trois baftions 3,0 , 3 2 , 3 5 , Si de tous les dehors qui en dé-
fendoient l’accès;,ainfi.il auroit trouvé à qui parler. Obligé de
rétrécir extrêmement fon attaque pour échapper les revers qu’il
eût effuyés à fa gauche de l’ouvrage à cornes. 5 2, 34, Si à fa droite
de ceux qui feroient partis du fort Blanc , du Château Gaillard,
le camp retranche,
6»
accroître les
difficultés du
Jîege de Dunkerque,
P l , I I I .
Plan. IL
Examen de
la défenfe
dont Dunkerque
pouvoit
être fufeept i~
blé en fuppo—
faut la place
affligée pa rle?
front de Mien-
port„