
Précautions
à prendre
avant que
d'élever les
büjoyersypour
prévenir les
erreurs qui
pourraient fe
glijftr dans
leur tracé.
I l y a peu
d’éclufes où
Von n'ait
commis des
fautes en les
traçant: con-
féqùenee de les
éviter.
n o A rchitecture Hyd rau l iq u e , L iv r e I ,
3 3 1. Suppofant le radier bien conditionné, à fon recouvrement
près (qu’il ne faut appliquer, s’il eft de charpente, que quand
le refte de la maçonnerie fera achevé, pour ne pas le gâter), 6c
que d’autre part la fondation des bajoyers foit arràfée au niveau,
de la furface du radier , il faut tout de nouveau vérifier le tracé’
de Péclufe dans toutes fes parties , pour régler les retraites , ôC
voir fi avant que de pofer la première alhle des paremens, les.
pierres ont été taillées de maniéré à répondre exactement à la
figure du plan, ce qu’on ne peut gueré juger qu’elles ne foient
mifes en place. Mais comme ce n’eft plus le tem s de fe rectifier,,
il faudrait, pour plus deprécifion, avoir fait un plancher exprès,,
fur lequel l’Ingénieur eût une épure de grandeur naturelle de la
bafe d’un bajoyer, fur l’étendue feulement que doivent comprendre
les portes quand elles feront ouvertes., pour ne laiiïètv
aux ouvriers aucune équivoque fur le logement des poteaux tourillons
, la pofition de leur crapaudine , Si les enclaves deftin'écs;
à loger les portes , qu’il faut faire allez profondes- pour qu’elles;
ne débordent point le nud du mur, de crainte de rétrécir le paf-
fage de l’éclufe, fur-tout fi ces portes font tournantes, parce:
qu’elles ont plus de relief que les autres. C’eft à quoi il faut bien;
prendre garde, en examinant fi les pierres pofées fur l’épure'
remplilïènt parfaitement leur objet.
Pour n’avoir point fait les attentions précédentes en conftrui-
fant l’ancienne éclufe de Mardick , il eît arrivé , comme je l'ait
déjà dit, que les portes étant ouvertes, reduifoient le grand paf-
fage de 44 pieds à 4 1 pieds 8 pouces , Si le petit de 26a 14 pieds;
feulement.. Ce n’èft pourtant point manque que d’habiles gens,
ne s’en foient mêlés ; mais il y a je ne fais combien de chofcs qui;
échappent, quelque étendue de génie que l’on ait d’ailleurs, c’eft::
pourquoi l’onnefauroit trop rechercher les, parties de l’ouvrage,,
avant que de les conftater à demeure..
332. Comme je n’ai point vu d’éclufe fans quelques défauts;
marqués, on ne doit point être furpris fi je recommande fouvent
de ne rien faire qu’avec beaucoup de circonfpcétion , l’intérêt de-
ceux pour qui j’écris l’exige; il vaut mieux.qu’ils s’inftruifent fur
les fautes des autres , qu’aux dépens de celles qu’ils pourraient
faire. Malgré toutes mes obfervations, je ne voudrais pas répondre
d’en être exempt moi-même de plufieurs qui n’échapperaient
pas a un févere examen ; mais il arrive, heureufement pour la-
gloire des gens du métier, qu’ils font rarement expofés à une
cenfure éclairée ; ce qui fait que quand leurs ouvrages manquent,
C hap. X I. D e la construction des B a jo y e r s . 1 1 i
ils ont recours à des caufes étrangères pour en exeufer la ruine,
parce que les véritables ne font point failles par ceux qui n’en
jugent que fuperficiellement.
Tandis que nous en fommes fur la prévoyance, je profiterai
de l’occafion pour placer ici ce que j’ai oublié d’obferver en parlant
de la nécelîité de fonder folidement les bajoyers. II faut bien
prendre garde que le fond qui les foutiendra ne puilfe jamais s’af-
faiflèr, parce que non-feulement il en réfulteroit un grand dérangement
dans les parties de l ’éclufe, mais qu’il pourroit encore
arriver que fur un terrein mol qui fe trouverait extraordinairement
comprimé de droite 6c de gauche, il refoulât fous le radier,
qu’il ne manquerait pas de faire tomber autant 6c plus que le
peut cauler l’eau dé la retenue, dont nous avons tant fait fentir
le danger. En effet, ne peut-il pas être arrivé qu’on ait attribué
cet accident à la fécondé caufe, tandis qu’il provenoit peut-être
de la première ; car comme ce bombement ne fe fait que par une
gradation infenfible, les bajoyers peuvent de même s’être affaif-
fés de trois ou quatre pouces en plufieurs années, fans qu’on s’en
foit apperçu, 6c il n’en faut pas davantage pour produire le mal
dont il s’agit ?
333. Tout le parement des bajoyers doit fe faire de pierre de
taille, la plus dure que l’on pourra trouver dans le pays, fe gardant
bien d’y en employer de tendre, fur-tout aux éclufes expo-
fées à la mer, fur les côtes où il y a du galet, comme à celles
de la haute Normandie, où les flots en charrient qui viennent
frapper les paremens avec tant de violence qu’ils les minent in-
fenfiblement, 8c pénétreraient par la fuite le corps de la maçonnerie,
pour le ruiner, fi l’on n’écoit attentif à le réparer. C ’eft:
le cas fâcheux où l’on eft tombé en conftruifant les jettées du
Havre de Grâce 6c celles de Dieppe, On y a employé, pour les
p'aremens, de la pierre de Ranville près de Caen , qui n’a pas à
beaucoup près la dureté convenable à de pareils travaux, au lieu
qu’on pouvoit fe fervir de celle de Fecamp 6c delà Hogue, incomparablement
meilleure. Il eft vrai qu’elle coûte beaucoup plus ;
mais fi l’onavoit réfléchi au danger de faire ufage de la première,
vu les fréquentes réparations qu’elle occalionné , on auroit
trouvé beaucoup d’économie à lui préférer la fécondé. J ’ai vu arriver
le. même cas à une éclufe du canal de Picardie. M de V ie ,
ingénieur, s’opiniâtra d’employer pour le parement la pierre
d’une carrière voifine, au lieu de celle de Saint-Gobin , qui eft la
meilleure du pays, 8c dont on s’étoit fervi pour toutes les autres ;
Attention
fu r le choix de
la pierre qu’il
faut employer
au paiement
des bajoyers ;
exemple rapporté
fur la
préférence des
carrières.