
que féparément; tout y annonçoit la magnificence du grand Roi,
qui en avoit lait par lui-même fur les lieux 1 objet effentiel
de fon attention. Cette Place fituée dans la Manche a 3 i degrés
8 minutes de latitude, ôc à 23 degrés 3 3 minutes de longitud
e , étoit, par les avantages de fa pofition , la plus importante -
que la France eut fur l’Océan ; tout fembloit concourir à la
mettre fort au-delfus des autres. Devenue la plus fameufe Ecole
qu’il y eut en Europe pour la conllruclion des Ouvrages Hydrauliques
, par la quantité qui s’y en fit de toute efpece , les Ingénieurs
du Roi s’y attachèrent à perfectionner qe^ qui n’avoit été
pour ainfi-dire qu’ébauché en ce genre ; jamais l’Art n’a été appliqué
plus heureufement à tirer tout l’avantage poiïible de ce
que la nature offroit de favorable, ou à vaincre les obftacles que
l’on rencontroit de la part du terrain pour exécuter les projets
qui avoient été réfolus. Quatre grands Canaux navigables^abou-
tilfant au P o rt, oùl’on fit des Eclufes, furent employés! à l’approfondir,
aufifi-bien que le Chenal, pour les rendre capables dans
la fuite de recevoir les plus forts Vailfeaux. Une Fortification
des plus refpectables , fécondée des inondations que l’on formoit
à volonté jufqu’aux portes des Villes voifines, par lingénieufe
diftribution des Eaux, annonçoit à l’Ennemi du cote de la terre ,
qu’ily auroit de la témérité d’entreprendre de les furmonter; tandis
que du côté de la Mer, fix grands Forts munis d’une nombreufe
Artillerie, foutenus ôt croifés par celle de la Citadelle, défen-
doient à plus d’une lieue en avant l’accès du Port, ôt alfuroientle
jrepos des habitans en empêchant le bombardement.
J e ne dis rien du fameux Baffin, ôt de la majefté des édifices
qui furent conftruits dans l’intérieur delà Place, propres a la dé-
fenfe ou àl’ufage delà Marine , ni de la beauté de la Ville, non
plus que de fon opulence, étant aifé d’en juger par ce qui refte
encore. Jamais les Tyriens , ni les Carthaginois, fi vantés dans
l’Hifloire , n’ont eu au même degré que les Dunkerquois, l’indul-
trie du Commerce. Leur bravoure tant de fois fignalée dans les
combats de Mer, ne les avoit rendus que trop redoutables aux
Nations jaloufes de leur gloire ; les traits que j’en vais rapporter
ne font pas moins intéreffans que les motifs qui ont donné lieu
à la conftruction de tous les travaux qui ont été élevés dans ce
fameux Port, ôt qui font le principal objet de ce traité ; c eft pourquoi
je les ai fait précéder de l’abrégé Hiftorique que voici, afin
de faire mieux fentir leur propriété , le merveilleux ufage qu on
peut faire des Eclufes, ôt les fegles qu’on doit fe propofer dans
la fortification Maritime.
1. Du tems que Jules Céfar faifoit la guerre dans les Gaules,
Dunkerque n’étoit encore qu’un Hameau, compofé de cabanes
de pêcheurs , alfemblés parla commodité du havre que la nature
y avoit formé ; alors le pays qui régné dans le voifinage de cette
côte , étoit en partie couvert d’eau ; il n’y avoit que quelques collines,
comme celles de Bergues-Saint-Vinoch, Waten, Saint-
Omer , ôt fort peu d’autres qui fufiënt au-delfus ; c’eft même une
opinion allez généralement reçue-qu’il y avoit un bras de mer
qui s’avançoit bien au-delà de Saint-Omer. Une preuve convaincante
, c’eft qu’il eft arrivé plufieurs fois qu’en creufant le terrain
pour travailler aux Fortifications de cette Place, l’on y a trouvé
des ancres ôt des débris de Vailfeaux, tels qu’il s’en rencontre
quelquefois enfablés fur les côtes.
Ces ferres ont été depuis delfechées parl’induftrie des habitans,
en voulant donner au pays des bornes plus reculées ; ce qui s’eft
fait en creufant un grand nombre de canaux pour faciliter l’écoulement
des eaux, dans le tems des baffes marées ; ouvrage que la
fucceflion des fiecles a perfectionné , puifqu’ii n’y a point d’apparence
que lâ Mer fe foit retirée comme quelques-uns le prétendent
, fes vives eaux fe trouvant un peu plus élevées que les plaines
dont nous parlons, qu’elles inonderoient encore en bien des
endroits, fi elles n’étoient retenues par les Dunes ou montagnes
de fable qui lui fervent de Digues.
2. Pour donner une idée de ces Dunes , ôt de la maniéré dont
elles fe forment, il faut être prévenu que le rivage de la Mer le
long de cette côte, eft un terrain fabloneux que le moindre vent
éléve en tourbillons de poufliere., qui étant chaffés du Nord au
Sud , dépofent irrégulièrement des lits de fable qui forment à la
longue des monticules, ce qui arrive aux moindres obftacles que
ces tourbillons rencontrent, caufés le plus fouvent par les ordures
que la M er chafle au loin ; de forte que fi l’on venoit à répandre
des coupes de broffailles à une certaine diftance du rivage,
dans un terrain à peu près de niveau, au bout de quelque tems, il
s’y éleveroit des crêtes ôt monticules, lefquelles groflilfant chaque
jour, acquereroient affez de folidité pour empêcher la Mer de fe
déborder dans les gros tems. 11 eft a préfumer que les premiers
habitans du pays en ontufé de la forte pour le delfécher, en ménageant
par intervalle des pertuis qu’ils lailfoient ouverts quand la
Mer fe retiroit, afin de donner de l’écoulement aux eaux, ôt qu’ils
refermoient aufti-tôt quelles venoient à remonter, les hommes
h ayant jamais manqué de moyens quand il a été queftion d'ac-
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