
54 A r c h i t e c t u r e H y d r a u l iq u e , L i v r e I ,
férentes des anciennes , en ufage depuis plufieurs ficelés, pour
faire tourner des roues- de moulins, devenues fi communes,
qu’il n’y a point de pays où l’on n’en rencontre en grand
nombre.
Ancienneté 10S. L’on donne le nom d’éclufe aux ouvrages de maçonne-
t - “défini-& fie Sc de charpente, deftinés à retenir 8c conduire les eaux,
tion. fuivant la néceflité des lieux. Pour entendre la véritable lignification
de ce terme, on faura qu’une éclufe, eftun lieu choifi
dans un canal ou un courant d’eau, pour y conftruire deux ailes
de maçonnerie , que l’on nomme bajoyers ou jo ü ille r e s , tracées
félon certaines proportions qui leur conviennent; l’une placée à
la rive droite 8c l’autre à la gauche, au milieu defquelles on
pratique un efpace ou chambre, fermé ordinairement par deux
paires déportés bufquées, c’eft-à-diredont les venteaux s’arc-
boutent réciproquement, l’une d’amont ou d’en-haut, que l’on
nomme aufli de tête, quand elle répond à une riviere; l’autre
A'aval, ou A’en-bas , que l’on nomme aulîï de mouille ; lefquelles
s’ouvrent 8e fe ferment à volonté, pour faciliter l’écoulement
des eaux 8c lepalïàge des bateaux. Si une éclufe répond à la mer,
l’on nomme portes de f l o t , celles qui regardent le rivage, 8c
portes d’hebes ou d’eau douce, celles qui regardent le pays. ;*
Quand les éclufes ne fervent pas à la navigation , on fe contente
d’en foutenir les eaux, par un aflèmblage de charpente ,
formant une efpece de cloifon, faite d’une fuite de poteaux a
couliffès, ou par des piles de maçonnerie, dont l’intervalle renferme
des va n n e s , qu’on leve 8c baillé pour lailîer écouler l’eau,
ou la retenir en tout ou en partie; telles font les éclufes ordinaires
a l’ufage des moulins St pour former des inondations.
Lorfque l’intervalle des bajoyers n’a que S, io, i z ou 14 pieds
au plus, on n’emploie quelquefois qu’une feule vanne pou,r fermer
l’éclufe ; 8c on la leve à l’aide des cables, qui filent fur un
treu il, que l’on fait tourner par le fecours des grandes roues,
attachés à fes extrémités, que plufieurs hommes manoeuvrent.
Cette maniéré d’éclufe peut fervir à faciliter la navigation d’un
canal où d’une tiviere, dont on a intérêt dé gonfler les eaux,
pour ne les lâcher qu’à propos ; l'inconvénient eft de ne pouvoir
élever la vanne allez haut, pour laifïer un libre pafîàge aux .bateaux,
revêtus de leurs agrès; c’eft pourquoi dans ce cas on
préféré les éclufes à portes. Il y a encore plufieurs-autres maniérés
de les fermer, que l’on a imaginées pour remplir les diffé-
rens objets qu’on s’eft propofés en les conftruifant, dont il ne
C h a e . III. De l ’u s a g e d e s É c l u s e s . y y
convient point de parler préfentement, pour ne pas offrir d’abord
trop d’objets à la fois.
11 ne paroît pas, comme nous venons de le dire, qu’avant le
quinzième fiecle, on ait connu les avantages qu’on pouvoit tirer
des éclufes; puifque jufques-là , leur utilité avoir été bornée au
feul ufage des moulins à eau ; ce ne fut qu’en 1416 qu’on s’en
fervit pour la première fois, à ajouter une nouvelle défenfe aux
places de guerre, comme il arriva fous le régné de Charles VIL
La ville de Montargis, fe trouvant affiégée 8c preffée par les An-
glois, les affiégés s’aviferent de retenir les eaux de la riviere de
Loin, par le moyen d’une éclufe, qui caufa une .inondation fi
confiderable, que non-feulement le camp des ennemis en fut
fubmergé, mais la ville elle-même : ainfi l’inondation lui devint
contraire, parce que faute d’expérience, on avoir mal ménagé
la retenue des eaux.
ioy. Les-Holland ois font les premiers qui ont le plus contrit r te> R otu *
bué à perfectionner les éclufes, par l’application qu’ils en ont J °u f ° nt les
faite pour la derenle de leur pays , 8c aux canaux navigables pus qui ont
qu’ils y ontereufés; mais quoiqu’ils paflent avec juftice pour les f? “ " f :S‘
peupi s du monde qui entendent le mieux aujourd’hui la conf- UnZigtuton.
traction des ouvrages de cette nature, ils ont travaillé long-
tems à tâtons, fans réglés certaines; ce qui eft allez le fort de
toutes les nouvelles inventions. Cependant l’Architeéhire Hydraulique
s’eft perfectionnée fucceffivement chez eux , 8c les
écluft-s qui dans le commencement n’étoient prefque point connues,
font devenues fi néceffaires , par les fecours qu’elles ont
procurés, que je crois ne pouvoir en mieux faire connoître Futilité,
qu’en montrant les occafions où elles font propres.
Un des principaux ufages des éclufes, eft de s’en fervir, comme
on fait préfentement, pour inonder les environs d’une place de
guerre, afin d’en éloigner l’ennemi; ce qui fe fait quelquefois
avec une fi grande abondance d’eau, qu’il eft impolfible d’en
approcher, a moins qu’on ne les faigne quand cela fé peut; 8C
fuppofant que l’affiégeant prenne ce parti, c’eft beaucoup de l’obliger
à un grand travail qui prolonge le fiége, puifque fi l’inondation
a été formée de bonne heure, ce n’eft que long-tems
après qu’on eft parvenu à faire écouler les eaux, qu’on peut pratiquer
le terrein.qu’elles baignoient, pour y ouvrir la tranchée.
Quand les éclufes que l’on conftruit pour cette fin fe rencontrent
dans le voifinage de l’océan, 8c que le pays eft plat ; elles