
i4 A rchitecture Hydraulique, Livre I ,
ries; la cavalerie, à l’aîledroite, étoic fur deux lignes derrière
l ’infanterie ; celle de l’aîle gauche n’ayant pu être placée de même
, le Prince de Condé la rangea félon la difpofition du terrein.
Ce fut dans cet état que les Efpagnols attendirent les François.
I l reftoit au Vicomte de Turenne neuf mille fantaffinS, après
avoir pourvu à la garde du bagage 8c de la tranchée, 8c fix mille
chevaux: fon infanterie fut placée fur deux lignes, la première
de dix bataillons 8c de vingt-huit efcadrons; quatorze à l’aîle
droite 8c autant à l ’aîle gauche, avec le canon à la tête : la fécondé
ligne étoit de fix bataillons 8c de vingt efcadrons, partagés
également fur les ailes. Quatre efcadrons de Gendarmes fou-
tenoient l’infanterie, 8c fix efcadrons de réferve furent placés
derrière l’armée, à une allez grande diftance pour etrç a poitee
de fecourir les affiégeans en cas de forrie pendant le combat. Le
Marquis de Créqui eut le commandement de l’aîle droite; le
Marquis de Caftelnau, celui de l’aîle gauche, 8c les Marquis de
Gadavne 8c de Bellefond eurent le corps de bataille. A l’égard
des Anglois, commandés par le Général Major, le Milord Loc-
kard leur -Général s’étant trouvé malade, ils furent poftés du
côté de la mer ; alors les deux armées ne fe trouvant plus éloignées
que d’un quart de lieue, celle de France commença par
canoner les ennemis , qui ne s’ébranlèrent point, rcftant toujours
fermes dans leurs poftes, pendant que l’armée Françoife
avançoit en montant 8c defcendant plufieurs dunes qui lés fépa-
roient, au fommet defquelles l’artillerie étant parvenue, tiroir
quelques falves, enfuite fe remettoit en marche,
Bataille des 3 g . Il étoit huit heures du matin, quand l’armée Françoife
Dunes entre atteignit celle des Efpagaiols; peu après, le Vicomte de Turenne
F r a Z e ‘& ^ donna le lignai du combat avec un air de tranquillité 8c de con-
d’EJpagne; fiance, qui étoit pour fesfoldatsun heureux préfage de la vic-
r ? d c f a n‘art t0>re- Le choc commença par les Anglois, avec cette bravoure
des ZngloîsZ 8c cette intrépidité qui leur eft fi naturelle ; comme ils fe trou-
Plan I vo*enc vis-à-vis une haute dune que les ennemis occupoient, le
L N' ' Vicomte de Turenne envoya ordre au Major Général Morgan
de s’en rendre maître, ce qu’il fit malgré les difficultés d’en gravir
l’efearpement ; la réfiftance qu’oppofoient les Efpagnols, qui
repouffoient les Anglois à coups de pique, ne faifoit qu’irriter leur
courage, ceux de derrière foutenant ceux de devant avec les
crolTes de leur moufquet. Ayant enfin gagné le fommet de la
dune, ils y plantèrent leurs drapeaux, 8c en précipitèrent les
Espagnols qui avpient échappé à la mort, Pendant cette expedis
Chap. I , servant dTntroduction. i j
tion, le Marquis de Créqui chargea les ennemis avec fou aîle
droite, 8c le Marquis de Caftelnau marcha le long de l’Eftran,
pour les prendre en flanc avec fon aîle gauche.
3 r. L ’infanterie Françoife fe joignit bientôt aux Anglois, au-
delà de la dune précédente ; alors le régiment de Turenne rompit
deux bataillons Elpagnols, qui prirent la fuite, ainfi que la
cavalerie qui devoit les foutenir. Dans ce moment le Marquis
de Caftelnau fe je t te , avec le corps qu’il commandoit, entre la
première 8c la fécondé ligne des ennemis, les prend en flanc 8c
Æ revers, les charge de tous côtés, 8c les met dans la plus grande
confufion.
Le Vicomte de Turenne, placé fur une dune au centre de
l ’armée, d’où il envoyoitfes ordres 8c des troupes fuivantle be-
foin , s’étant apperçu que.leMarquis de Créqui s’engageoit trop
avant, 8c que le Prince de Condé Talloit ramener battant, courut
à fon fecours. En effet, ce Prince s’étant mis à la tête d’un
gros corps de cavalerie, chargea le Marquis de Créqui, 8c rompit
quelques-uns de fes rangs; mais le Vicomte étant arrivé dans
ce moment, mena lui-même à la charge les"efcadrons de fon
aîle droite, fit avancer plufieurs bataillons, enveloppa les troupes
du Prince de Condé, qui tombèrent de toutes parts, ou morts,
ou bleffés ; tout plie , tout fe renverfe : le Prince rallie jufqu’à
trois fois fes efcadrons, toujours rompus; pour rendre le courage
à fes foldats, leur donne l’exemple de la plus grande valeur; mais
rebutés, ils l’abandonnent, à l’exception des Seigneurs François
qui avoient fuivi fon parti ; fon cheval tué fous lu i, l’auroit mis
dans le plus grand danger, fi un de fes Gentilshommes ne luiavoit
auffi-tôt donné le fien pour s’échapper. Comme cette défaite de
l’aîle gauche des Efpagnols arriva prefque en même te ms que
celle ae l’aîle droite, on vit auffi-tôt les ennemis fuir de toute
part, ne leur reftant d’autre reflource que de chercher leur falut
dans la clémence des François, qui les fuivirent jufqu’à Fûmes, où
fe rallièrent les débris de leur armée, dont la défaite fut fi com-
plette, que pendant le refte de la campagne, à peine purent-ils
parvenir à raflèmbler huit ou neuf mille hommes.
Pour le Maréchal de Turenne, à qui la gloire de cette journée
eft due, on admirera à jamais la modeftie de cet illuftre Généra
l, dans la letere qu’il écrivit à Madame la Maréchale; mais les
hommes du premier ordre font grands en tout. L e s ennemis f o n t
v en us à n o u s , ils ont é té b a t tu s , D ie u en f a i t lo u é , j ' a i un p e u f a t i g
u é toute la jo u rn é e . J e vo u s donne le bon f o i r & v a i s me couch er.
LeVi fornte
Turenne marche
lui-même
au fecours du.
Marquis de
Créqui, vive-
me ht attaqué
par le Prince „
qui fa it des
prodiges de
valeur. L ’armée
de France
gagné ta bataille
complet-
tement.
Plan. I.