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Pl. LII. ceins, parce que le courant partant de l’éclufe de la Barre, n'a-
voit point, comme aujourd’hui, cinq cens toifes de chemin k
parcourir pour arriver au terme d’opérer; ce qui eft caufe qu’il
ne lui refte plus allez de force, ôc qu’il ne fait pour ainfi dire que-
gliflèr fur le banc de galet, qui a eu le tems de fe confolider par
le fable qui s’eft introduit dans fes interfaces. La preuve eft que
dans le tems des balles marées on eft obligé d’en enlever le plus
qu’il eft poflible à force de bras, autrement la paffe ne tarderoit
point à devenir impraticable : d’où ils concluent qu’il feroit à.
fouhaiter que cette fâcheufe jettée fût reftée à la hauteur où elle'
étoit ci-devant. Le porc ne fe trouveroit point reculé dans les-
terres, comme il l’eft, par les dépôts que la mer a formé fuccefli-
vement le long du rivage, au point que l’ancienne tête K de la:
jettée d’eft, qui répondait il y a foixante ans à la laifle de la balle.’
mer, s’en trouve éloignée aétuellement de deux cens toifes; car
cette jettée a aufli été prolongée de la partie KB L mais avec plus;
d’économie que la précédente.
Comme il n’y a point de doute que ces dépôts ne continuent à'-
gagner fur la mer à melùre qu’ils s’épaiffiront,. il eft à craindre’
que le port ne devienne fi reculé dans la fuite, que fon entrée ne;
fera plus praticable, parce que les éclufes liront entièrement imutiles.
C’eft fans doute faute d’induftrie de la part des- anciens,.
que l’on voit des veftiges de fameux ports qui fe trouvent aujour--
d’hui fort éloignés de la mer , ce qui ne fût peut-être point arrivé
s’ils eulîint eu la connoiflance des éclufes ; mais apréfent:
que l’on en a éprouvé toute l’utilité, ferions-nous excufables de’
n’en pas faire le meilleur ufage qu’il eft poflible ? Cependant,,
comme ce qui arrive de fâcheux au Havre-de-Gracc n’eft point:
fans remede , il nous refte à rapporter ce qu’on- peut faire de;
mieux pour détruire le mal préfenc Sc en prévenir les fuites, ob*
fervant que mon deflein n’ëft point de donner des inftructions;
aux habiles gens du métier ; je nç dis rien qu’ils ne fâchent mieux;
que moi, aufli n’eft-ce point à eux à qui le difeours fuivant s’a-
drefle, mais feulement aux élèves pour qui j’écris.,
Mcthedcpour 540. Voulant déboucher un port, dans le cas de celui du Ha-
X an cli?SaUt vre > ^ fauc au tems des mortes eaux faire un double clayonnage,,
ou de fable qui pour que l’un renforce l’autre,, depuis la tête delà jettée Â-, juf-
bouchent l‘tn- qu’en dehors du banc, en fuivant l’alignement TR,.le plus con--
dtmcr.n P°rt venable à l’entrée des vaifleaux. On obfervera que le fommet de’
ce clayonnage n’excede que de 8 pouces au plus la furface dm
banc., excepté dans la largeur VT de la gaffeoù l’on fe gouveo-
C h a p . V. S u r l e s p r o p r i é t é s d e s É c l u s e s . 387
mera félon fa profondeur, afin d’y avoir une efpece de cloifon
contre laquelle puiffe s’arrêter le galet que les marées montantes
y apporteront. Sa fucccfîion ne manquera pas de former en peu
de jours un batardeau, qui empêchera le courant des eclufes de
s’échapper davantage de ce côté-là. C’eft a quoi il faut donner
toute fon attention, autrement on ne reuflîroit point. Pour plus
de folidité l’on pourra , au lieu de clayonnage, planter en cet
-endroit une file de petits pilots pofes près a près. Il faut faire de
même du côté de l’eft un fécond clayonnage CS pareil au précédent,
fans qu’il foit néceffaire de partir de l’extrémité de la
jettée B , à caufe de l’énorme monceau de galet qui s y eft amaflTé
dans l’efpace CB, qu’on peut laiffer, vu la prolongation AT de
l’autre A.
Cela pofé, l’on diviferala largeur RS en quatre parties égales
marquées par trois piquets, dont chacun des extremes fixera le
milieu d’un canal de 11 à 1 5 pieds de largeur, que 1 on ébauchera
à la main félon une direétion parallèle au clayonnage le plus prochain.
Ce travail demande d’être exécuté avec toute l’aétivité
poflible, dans le tems même que l’on fera jouer Péclufe de la
barre G, afin que fon courant emporte au loin a la mer le galet
que les pionniers auront détaché. On continuera de la forte
pendant plusieurs jours de fuite, tant que le meme courant le
foit déterminé à ne plus fuivre que les deux canaux précédens.
Ainfi, fuppofant qu’on veuille donner 40 toifes de largeur au
nouveau débouché , le milieu de chacun des canaux fe trouvant
éloigné de 10 toifes de fon clayonnage, le courant n’en dégradera
point le pied, & il reliera dans l’intervalle des deux milieux
june largeur de 10 toifes.
541. Lorfque les canaux feront fuffifamment formés pour
affujettir le courant à fe divifer en deux bras , on en augmentera
ta violence en faifant jouer à chaque marée toutes les éclufes en-
femble ; alors il ne manquera pas de ronger, s’il eft permis de le
-fervir de ce terme, le fond 5c les bords des deux canaux quil
enfilera, dont la largeur SC la profondeur iront toujours en croif-
fant. Que fi le galet fe trouvoit tellement lié avec le fable, qu’il
fallût de tems en tems le détacher pour aider le courant, il faudra
ne point épargner les pionniers. Le noyau qui fépare les deux
canaux diminuant de plus en plus, il viendra un tems ou ils n’en
formeront plus qu’un feul, dont les bords gagneront infenfible-
ment les clayonnages. Comme le courant aura d’autant moins
de force que le canal deviendra plus large, il faudra le diriger
P l . LII.
Ufa.ee quon
doit faire des
éclufes pour
remplir l ’objL%
précèdent.