
C hap. IX . Des Radiers de pierre de taille. 1513
C H A P I T R E IX.
D e la maniéré d’établir les éelufes fu r un bon fo n d , &
de confiruire des radiers de pierre de taille.
COmme le mortier eft l’ame de la maçonnerie, S t que celui
qu’on emploie aux éelufes doit être fait avec plus de foin
que pour les autres [efpeces d’ouvrages qui ne font point dans
l ’eau, il convient, avant toutes chofes, de parler de la maniéré
de le bien compofer. Il eft vrai que j’ai traité ce fujet dans le
cinquième chapitre dutroilieme livre de la fcience des Ingénieurs;
mais comme ce que je vais en dire a un rapport plus immédiat
avec l’ouvrage préfent, S t que d’ailleurs on trouvera ici plufieurs
chofes qui m’a voient échappé, ceux pour qui j’écris ne pourront
que gagner par la répétition.
307. On a été long-tems dans la perfualion que le mortier
délayé avec l’eau de la mer, n’étoit pas fî bon qu’en y employant
l’eau douce; mais on s’eft défabufé de ce préjugé par les travaux
relatifs à la marine, conftruits dans ces derniers tems fur la côte
de Normandie, principalement à Cherbourg : il eft vrai que la
chaux y eft d’une bonté merveilleufe, étant faite de pierres dures
femblables au marbre. On l’éteint, ainfi qu’il fe pratique ordinairement
, dans des baffins, d’où on la fait couler enfuite pour
en ôter les matières groffieres ; on la mêle avec deux tiers de
fable de met, grenu S t bien épuré. Après avoir battu S t mêlé le
mortier, on le laiffe repofer pendant quelques jours ; on le ra-
botte tout de nouveau en l’arrofant d’un lait de chaux, pour le
broyer plus facilement à mefure qu’on le met en ufage. Ce mortier,
fait avec de l’eau de la mer, eft à la vérité plus long-tems à
faire corps que quand on y emploie l’eau douce, mais par la fuite
il devient beaucoup plus dur. Cela procédé apparemment de ce
que les fels de cette chaux ont la propriété de fe joindre à ceux
de la mer pour lier davantage la maçonnerie, qui devient d’une
bonté fans égale, ce qui n’arrive point quand la chaux eft faite
de pierres tendres. Il en eft de ce cas - ci comme de tous ceux
qui appartiennent à la Phyfique, où il faut fe contenter du fait
conftaté par l’expérience, fans pouvoir efpérer de remonter à la
caufe première.
Part. I I . Tome I . B b
L ’eau de la
mer eft meilleure
que Veau
douce fou r
délayer le mortiery
quand la
chaux a été
faite de pierre
dure.