
j S A r.c h i t e c t o s .ï H ÿ d r a ü l ïq u e , L i v r e I ,
Et de la batterie de revers, dont il eût fenti de plus en plus le
fâcheux effet, à mefure qu’il fe fût approché de la contrelcarpe.
Ces attaques refferrées delaforte, euffent toujours été débordées
par la place , par confequent en bute aux forties fie au canon place
dans le chemin couvert, qui eût tourmenté fans relâche la tête
des fappes, de maniéré à ne pouvoir cheminer que fort lentement:
d’où l’on peut juger de la perte dutems, & du monde qu’il auroit
été obligé de facrifier pour parvenir à fe loger fur l’avant-chemin
couvert. Je n’entreprends point de détailler pas à pas les difficul-
P lan , II. tésdefes progrès, je laiffe aux gens du métier la liberté de raifon-
ner fur tout ce que lë plan indique, il me fuffit qu’ils conviennent
qu’il ne s’efl jamais rien vu de plus refpe&able que le front dont
nous parlons, qui donnoit à une garnifon vigoureufe l’avantage
de fe développer fans être trop difperfée, parce quelle pouvoir
relier tranquille fur tout le relie de la place. D ailleurs après bien
du fan»répandu, pour parvenir à un établiflèment fur le premier
chemin couvert, comment palier l’avant-folle pour arriver au
fécond, l’affiégé pouvant faire naître de la part des éclufes toutes
les difficultés dont j’ai donné un crayon ? La queftion n’étoitpas
ici de faire écouler les eaux par une faignée, la mer étant un ré-
fervoir que la place avoit toujours à fa difpofition ; car il ne faut
pas perdre de vue fes éclufes, avec lefquelles on pouvoir faire
paffer les marées deux fois le jour dans les mêmes tollés, St cjue
celui de ta place pouvoit devenirimpraticable,enyfaifàntnaître
des torrens impétueux , dont les effets fe trouvoient multipliés
de toutes parts. Car l’ennemi n’auroit pu fe difpenfer de prendre
les lunettes 6 0 St 6 1 , la contre-garde 33 , par conféquent les
demi-lunes 31 St 34 , pour faire brèche aux baftions 3 1 , 3 J-.,
qu’il falloit néceffairement attaquer, St dont l’affaut pouvoit
être valeureufement foutenu fans danger pour la garnifon, fe
trouvant protégée par les retranchemens qu’il y avoit aux endroits
77 St 78 , qui euffent arrêté encore long-tems l’aflîégeant
avant que de pouvoir percer dans la place. D ’ailleurs ces retranchemens
ne pouvoient être tournés, étant revêtus d’une bonne
maçonnerie, St ils formoient une nouvelle enceinte qu’il falloit
entamer par la mine ou le canon, St livrer encore de nouveaux
combats que la garnifon auroit pu foutenir jufqu’à la derniere
extrémité: en fuppofant qu’elle eût pris de longue main fes me-
fures pour évacuer la ville St fe retirer de l’autre cote du havre
où elle pouvoit tenir encore fort long-tems, avant que depaffer
dans la citadelle, fur-tout ayant devant elle un bras de mer aufli
Chap. I I , D escription de Dunkerque. 39 W e St aufli profond. Quelles difficultés l’afliégeant n’eut-il pas Plan. II.
trouvées à le paffer, fous le feu de la citadelle St fous celui des
retranchemens qu’on n’eût pas manque de faire vers la gorge du
baftion 10 pour flanquer l’accès du baflin, dans lequel onauroit
retiré tout ce qui étoit dans le havre dont l’ennemi auroit pu le
prévaloir. On fera attention qu’ayant détruit ou brûle le pont
qui le traverfoit, l’afliégeant n’avoit d’autre chemin pour pa er
de l’autre côté que par le rempart de la place, coupe naturellement
par l’éclufe de Bergues (46) de vingt-fix pieds de largeur,
fur dix-huit de profondeur, feul point a foutenir; ce qui etoit
fort aifé par les reffources que fourmffoient les batimens de la
marine, qui devenoient autant de polies qu’on pouvoit difputer,
pour ne fe retirer dans la citadelle ^qu’aptes avoir fait payer
bien chèrement à l’ennemi fon opiniâtreté, I J e paffie fous filence tous les obllacles qu’on pouvoit encore
lui oppofer avant que d’en venir là , en multipliant les coupures
S t les retranchemens capables de retarder l’accès dubaltion W ,
puifque l’afliégeant, une fois parvenu du cote du baflin, la relil-
tance de la citadelle ne pouvoit pas aller loin, parce que c etoïc
fa partie foible de toute maniéré ; car l’ennemi en pofleflion des
éclufes, le jeu des eaux pour la défenfe du fofl’é de cette partie
auroit fouffert une grande altération,
85. On trouvera peut-être que, vu toutes les difficultés que
l’ennemi devoit rencontrer en attaquant par 1 efplanade de Nieu- m jupp0f anic
port, il n’auroit point héfité de préférer l’attaque de la citadelle,, u place att|g
laquelle étant rendue, il fe trouvoit suffi-tôt maître de ta ville,
mais il y avoit de puiffàns motifs qui auraient pu 1 empecher de
prendre ce parti, dont le principal etoit,.que n ayant point Gravelines
, il n’eût pu faire fubliller une armée campee entre ^cette
place &c Dunkerque, n’ayant rien à tirer du pays, qu’on n’eut pas
manqué de fubmerger jufqu’au pied des dunes , Sc fans avon une
goûte d’eau douce, parce qu’alors toute celle des environs le fut
trouvée gâtée par les marées. D ’ailleurs- il faut prendre garde
aufli, que ta garnifon n’en eût pas été moins fecondee par le
camp retranché ,. qui pouvoit fans ceffe etre rafraîchi par Bergues
, où fe fe-roit rendu autant de troupes qu’on en auroit voulu",
tirer des places voilines , pour les faire participer a ta gloire d une
défenfe qui n’auroit jamais eu d’exemple; au lieu qu attaquant
par le front de Nieuport, ta ville une fois prife, le camp retranché
tomboit de lui-même, par conféquent tout ce qui lui étoit
lelatif. Au refie faifons abftraétion .pour un moment de toutes