
Nous avons vu jusqu’à présent que ni la vie organique, ni la vie animale,
ne se développent tout-à-la-fois entièrement, ni ne jouissent
simultanément de toute l’étendue de leur activité. Si l’on contestoit la
vie organique au foetus, parce que plusieurs fonctions des viscères n’ont
pas encore lieu dans son intérieur, on serécrieroit sans doute contre cette
conclusion précipitée et fautive ; de même l’on n’est pas fondé àrefuser au
foetus, ou à l ’enfant nouveau-né , la vie animale ou l ame, par la raison
que son cerveau n’est pas encore formé pour la faculté de penser. Cette
faculté est-elle donc la seule fonction du cerveau ou de la vie animale ?
Jamais un physiologiste ne démontrera que la sensation, le désir, les
penchans, les passions, et même la vol ont é peuvent exister dans l’homme
privé de cerveau, et que par conséquent toutes ces fonctions peuvent
ainsi que l’ont pensé Procliaska, Bichat, Reil ', etc., être attribuéesà la vie
organique, et comprises dans la sphère végétative. Si les physiologistes
eussent connu plutôt la pluralité des organes et des fonctions du cerveau
; s’ils eussent su que ses divers organes ne se développent pas si-
multanément; s’ils eussent distingué les diiférens degrés de la conscience
, de la sensation, ainsi que les penchans et les passions d’avec la
pensée proprement dite, ils se fussent bien gardés d’affirmer l’absence
de la vie animale dans le foetus et dans l’enfant nouvellement né. Le
cerveau du foetus et de l’enfant nouveau-né n’est pas encore assez
développé, nous l’avouons, pour avoir des idées, pour les r;nir et les
comparer; mais d’après cette supposition, il seroit très-difficile de déterminer
l’époque où la vie animale commence réellement, et où l’acte
de détruire un enfant devient un crime. L’enfant n’a pas encore la faculté
de réfléchir, d’imaginer ; il ne sent aucun attrait pour un autre sexe;
mais peut-on, à cause de cela , lui refuser la faculté de percevoir, la mémoire,
les penchans, les inclinations, les aversions et la joie? Si les fonctions
les plus nobles de l’ame exigent un cerveau développé et doué d’une
consistance assez ferme, qui peut déterminer le degré de développement
et de consistance nécessaire pour la sensation et le désir? L’enfant nou-
Archiv für Phys. B. 7, St. a , S. 236.
vellement né ne manifeste-t-il pas, par le mouvement de ses lèvres et par
la succion de ses doigts, son penchant à prendre le sein? Qui peut mé-
connoitre en lui les expressions de la douleur et du bien-être ? Ces considérations
peuvent suffire, en attendant, pour prouver que les lois
de l’organisation animale ne viennent nullement à l’appui du principe
dangereux avoué par quelques physiologistes.