
extrêmement défectueuses. La méthode ordinaire de
procéder à son examen, ne pouvoit me satisfaire. Pour
mes nombreuses dissections de cerveaux, je choisissois de
préférence ceux des aliénés, afin de rendre en même
temps plus utiles mes recherches sur l’origine et la nature
de la folie. Gomme l’exercice de la médecine me donnoit
beaucoup d’occupations, j ’appris ma méthode de dissection
à M. Niklas , jeune étudiant, qui, grâces à son application
et à son adresse, fit de si grands progrès, qu’il
dirigea mon attention sur plusieurs rapports mécaniques
jusqu’alors inconnus.
Je voyois toujours plus distinctement la connexion
des phénomènes avec l’organisation, et je sentois toujours
plus vivement qu’une doctrine sur les fonctions du
cerveau, ne pourroit qu’être très-imparfaite, si elle ne
se rattachoit étroitement à la doctrine de la structure de
cette partie. Je continuai donc mes recherches avec la
plus grande assiduité et une très-grande dépense, afin
de pouvoir exécuter un ouvrage qui présentât à la fois
l’ensemble de l’anatomie et de la physiologie du cerveau.
Le premier jour de l’an i 8o5, mon père qui demeu-
roit à Tiefenbrunn, dans le grand-duché de Bade, m’écrivit
ces mots : « II est tard, et la nuit pourroit n’être
pas loin ; te verrai-je encore ? ’ » Il n’y avoit qu’une pareille
invitation jointe au désir ardent que je nourrissois dans
mon coeur depuis long-temps de revoir des parens chéris,
' « Es ist Abend undkônntebaldNachl werden: werde ich dicb nochseben? »
après une absence de vingt-cinq ans, poüvoit seule me
faire prendre la résolution d’abandonner pour quelques
mois mes amis et mes malades. Mais je voulus profiter
de cette circonstance pour connoître l’opinion des
savans du nord de l’Allemagne sur mes découvertes.
Cependant pour que mes entretiens avec eux ne se bornassent
pas à des propositions et des discussions inintelligibles,
je résolus de prendre avec moi une partie de
ma collection, afin de les présenter comme des preuves
sensibles à l’examen de mes auditeurs futurs.
Le docteur Spurzheim qui, depuis long-temps, s’étoit
familiarisé avec la partie physiologique de ma doctrine,
et qui s’étoit particulièrement exercé aux recherches anatomiques
et à la dissection du cerveau, forma le projet
de m’accompagner et de suivre en commun avec moi les
recherches qui avoient pour but l’anatomie et la physiologie
de tout le système nerveux.
Nous reçûmes partout un accueil très - flatteur ; les
souverains, les ministres, les savans, les’administrateurs,
les artistes en tout genre, secondèrent dans toutes les
occasions notre dessein en augmentant notre collection et
en nous fournissant de nouvelles observations, ainsi que
les moyens de rectifier et de confirmer celles que nous
avions déjà faites. Les circonstances étoient trop favorables
pour qu’il nous fût possible de résister aux invitations
qui nous venoient de toutes parts. Il est vrai que
par là notre voyage s’est prolongé bien au-delà du terme
que nous avions d’abord fixé, mais aussi il en est résulté
i. c