
diatement hors de lui-même Ie monde extérieur, et puisse être excité
par un conducteur étranger comme par ses propres sens ; si dans le
sommeil magnétique, notre ame est immédiatement unie avec l’ame
du monde ; aucun des innombrables récits des magnétiseurs, tous si
incroyables, ne peut plus être révoqué en doute. Ce n’est qu’une
bagatelle d’entendre une pauvre paysanne, née très-loin de la haute
Saxe, parler le dialecte allemand de cette contrée dans toute sa pureté
et avec toutes ses inflexions ; de voir une autre paysanne grossière ,
qui ne savoit pas le françois , lire correctement et comprendre un
livre écrit en cette langue, et appliqué sur son estomac. Lire avec
les doigts, savoir à quel endroit du cadran se trouve l’aiguille de la
montre que j’ai dans ma poche, voir à travers les murs et les maisons,
apercevoir de loin l’individu qui doit entrer dans le logis ; voilà autant
de choses merveilleuses qui s’expliquent par la communication
intime avec l’ame universelle du monde.
Nous voyons par là que si jamais on a enseigné une grande vérité
c’est la doctrine delà prédestination et de l’harmonie préétablie. Le magnétisme
prouve d’une manière péremptoire que tout ne s’enchaîne pas
seulement dans l’univers, mais que tout y est même achevé. Le dialecte
de la haute Saxe , la langue françoise, ma montre, la visite d’un étranger,
la lettre d’un amant que vous croyez si bien cachée dans votre
sein , sont des chaînons du monde aussi nécessaires que le soleil est
nécessaire dans l’univers. Maintenant dites-nous ce qui peut encore
être caché pour nous dans le monde passé, présent et futur?
Peut-être se trouvera-t-il quelqu’un d’un esprit assez borné pour
élever des doutes sur l ’exactitude de ces faits imprimés ; nous y opposerons
les propres expressions d’un partisan du magnétisme animal,
homme très-expert : « Je n’alléguerai pas ic i, dit Kessler ‘ , une multitude
de preuves, et le témoignage authentique d’hommes très-croyables;
je ne citerai que des choses que j’ai eu l’occasion réitérée d’observer
, et de la vérité desquelles chacun peut fréquemment se con-
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nu S Y S T ÈME N E R V EU X . j ^ j
vaincre par sa propre expérience ; c’est pourquoi la prétention de
décider en pareille matière par le raisonnement ne peut être regardée
qu’avec mépris. Car si nous examinons seulement ce qui est le plus
rapproché de nous dans les circonstances de vie que nous venons de
décrire ; nous y trouverons assez de preuves pour démontrer la possibilité
des fonctions les plus différentes dans le même organe. C’est
un fait très-ordinaire , et l’expérience la plus simple nous offre le
phénomène que, dans le sommeil magnétique, ce n’est point par
les oreilles, moyennant l’intermédiaire de l’air, que le somnambule
entend les paroles du magnétiseur, mais par le contact immédiat du
pouce de celui-ci..... Un autre phénomène connu, c’est que les somnambules,
sans se trouver précisément dans cet état par le moyen du
magnetisme, peuvent voir tres-distinctement les yeux fermés, et évitent
tres-adroitement tous les obstacles qu’ils rencontrent, non-seulement
ceux qui leur sont connus préalablement par l ’état de veille
mais ceux même qui sont les plus inattendus ».
Nous nous garderons de demander si, lorsque le magnétiseur touche
avec le pouce une partie du magnétisé, il lui bouche les oreilles
ou s’il pense seulement ce qu’il veut lui dire ? Nous ne demanderons
pas non plus si c’est une expérience bien réelle que celle des somnambules
qui, les yeux fermés, auroient évité les obstacles les plus
inattendus, dans un lieu totalement inconnu ? Nous savons qu’on
peut se rappeler en songe la position et l’arrangement des choses qui
sont connues ; que les aveugles peuvent, par un long exercice, sentir
le voisinage d’un mur, d’un arbre ; nous connoissons même des somnambules
qui voient les yeux ouverts, de même qu’on peut entendre
par les oreilles durant le sommeil et le somnambulisme. Les bons
physiologistes ont-ils donné quelque attention à ces particularités
lorsqu’ils ont examiné les prétendus faits nombreux qu’ils citent ?
Mais ce que le professeur Walther dit du sommeil répand le plus
grand jour sur ce sujet: « Le sommeil est une communication intime
de notre ame avec l’ame universelle du monde, et conséquemment
un isolement plus complet du corps ». Doit-il alors encore coûter à