
en suivant une direction oblique. De même les petits cordons du côté
gauche se rendent au côté droit. Mais toujours un faisceau passe pardessus
un autre et par-dessous un troisième, de sorte qu il en résulte
un entrelacement semblable à une natte de paille, PI. V , i. Cet entrelacement
occupe un espace de trois à quatre lignes. Ensuite les faisceaux
montent sur la face antérieure du grand renflement,.en seYcn-
foreant graduellement dans leur trajet, PI. V, i-c; conséquemment ils
sont plus larges à leur partie supérieure vers la protubérance annulaire
qu’à leur extrémité inférieure , ce qui leur a fait donner le nom de
pyramides.
Cette direction oblique des faisceaux des pyramides qui passent les
uns par-dessus les autres, esl le seul entrecroisement réel que l’on
trouve soit dans le grand renflement, soit dans toute la longueur de
la colonne vertébralei Cet objet étant d’une grande importance pour
la physiologie, ainsi que pour la pathologie, nous allons en traiter
avec quelque détail, avant de nous occuper essentiellement de la description'
du cerveau.
- On avoit observé de très-bonne heure que les symptômes fâcheux
qui suivent les lésions à la tête , attaquent ordinairement le côté opposé
du corps. Hippocrate ‘ , en divers endroits, fait mention de ce
phénomène.
Aretæus * fut le premier qui expliqua la cause dune hemiplegie
du côté opposé à celui de la lésion, par l’entrecroisement des nerfs.
Il dérivoit tous les nerfs de la tête, et croyoit qu’à leur origine ils
s’entrecroisoient tous.
Cassius 3 parle d’un entrecroisement des nerfs du cerveau et de la
moëlle épinière. On négligea par la suite cet objet jusqu’à Fabricius de
Hilden qui, en i 58i , fixa de nouveau l’attention sur ce phénomène
pathologique. Enfin ce véritable entrecroisement fut décrit d’une ma-
■ De vuln. capitis. c. 19; Epia. lib. VII. num. 19.
» De caus. et sign. morb. diutur. lib. I. c. 7. p. 34-
3 Quæstiones natur. et medic. quæst. 41.
nière si précise par Mistichelli 1 en 1709, par Petit“ en 1710, et plus
tard par Lieutaud 3, Santorini 4 et Winslow5, que l’on ne peut pas
reprocher à ces anatomistes de l’avoir confondu avec les simples couches
de fibres nerveuses transverses. Ils disoient cependant, mais probablement
par pure supposition, qu’il existoit en plusieurs endroits de
pareils entrecroisemens.
Les anatomistes modernes sont partagés sur ce point. Les uns admettent
la pluralité des entrecroisemens, sans désigner où ils se trouvent,
d’autres confondent manifestement les simples couches transverses
ou les commissures des deux moitiés de la colonne vertébrale et
du grand renflement j avec l’entrecroisement des pyramides dont l’arrangement
toutefois est entièrement dissemblable. Parmi ces derniers
on compte MM. Vicq-d’Azyr, Cuvier, etc.; quant à MM. Prochaska ,-
Barthez, Sabatier, Boyer, Chaussier, Dumas, Bichat, ils nient expressément
l’entrecroisement, et ont même écrit contre son existence,
ainsi que nous l’avons amplement établi 3 dans nos obervations sur le
rapport de MM. les Commissaires de l’Institut.
Pour faire voir distinctement le véritable entrecroisement, il n’est
pas besoin de macération ou de toute autre préparation , ainsi que le
croyoit Santorini. Il suffit d’enlever avec précaution la membrane vasculaire
au commencement du grand renflement, ou immédiatement en
bas de l’extrémité inférieure des pyramides. Pour cela on fait à cette
membrane une incision si légère que les cordons nerveux qui se trouvent
au-dessous ne soient pas offensés. Puis on écarte tout doucement les
deux bords delà ligne médiane, sans les tirailler ni les déchirer. A peine
les deux bords sont-ils un peu éloignés l’un de l’autre, que l ’entrecroisement
frappe les yeux; Les petits cordons des pyramides ne forment
’ Trattato dell’ apoplessia. Roma 1709.
* Lettre d’un médecin des hôpitaux duroi. Namur, 1710. p. 12.
3 Anat. p. 5gt.
4 Observ. anat. §. XII.
5 Anatomie,- traité de la tête. Num. no.
6 Pag. i 3a et a i5.
1. 35