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entre elles une influence réciproque. Déjà des organisations nombreuses
et diverses concourent à l’éx'istence entière d’un seul individu. Mais tons
les phénomènes étant des résultats d’une irritabilité plus variée et
plus compliquée, il seroit encore superflu de chercher ici la cause de
la vie et de ses opérations dans un principe qui ne seroit pas essentiellement
incorporé aux parties du corps, et produit par leur arrangement.
Enfin, si dans les classes d’animaux plus élevées, se manifestent la
perception des irritations ( la conscience ) , la perception des rapports
du monde extérieur ( fonctions des sens ) , les instincts, les penchans,
et, graduellement, la spontanéité, la faculté de vouloir, la faculté de
raisonner, etc. ; tant d’appareils nouveaux et sans cesse plus perfectionnés,
se présentent à nous, qu’il est impossible au naturaliste de douter
plus long-temps que, dans cette vié, l’esprit ou l’ame a besoin d’ins-
trumens matériels, et que ceux-ci sont multipliés et diversifiés, suivant
que les facultés de l ame sont plus variées et plus nombreuses. Nous
voyons des instrumens pour les mouvemens volontaires, des systèmes
nerveux pour les fonctions des sens; nous voyons un cerveau dont les
systèmes particuliers se compliquent toujours de plus en plus, et qui
offrent dans l’homme l’organisation la plus parfaite.
Les propriétés marchent donc toujours d’un pas égal avec les appareils
matériels; et, comme le dit très-judicieusement Ileil *, « il faut
chercher le principe de tous les phénomènes des corps animés, qui
ne sont pas des idées ou qui ne sont pas unis aux idées, comme cause
et comme effet',?dans la matière organisée , dans la différence primitive
de ses élémens , dans leur mélange et dans leur forme. »
De toutes ces considérations, il résulte qu’il y a autant de principes
ou de propriétés , et qu’il doit y en avoir autant qu’il y a de différence
dans les élémens, dans leur mélange, dans leurs formes, et dans leurs
rapports mutuels. Par conséquent ceux qui cherchent une cause première
unique, un principe général unique, sont déçus par une idée
abstraite qui leur fait perdre de vue toutes les qualités spécifiques des 1
1 Àrchiv fur Phys. ; tom. I , p. M
individus. Ils perdent leur tempsà se dédommager de la disette de faits
par d’agréables rêveries et d’orgueilleuses explications.
Comme nous ne pouvons présumer la nature des élémens, les résultats
de leurs mélanges , de leurs formes et de leurs rapports; comme
nous ne pouvons, par exemple, deviner d’aucune manière dans l’or sa
propriété de solubilité par le mercure, dans l’eau celle de la cristallisation
en neige, dans les yégétaux.ni la figure, ni le goût de leurs fruits, etc.,
il s’ensuit que la seule voië, pour parvenir à des connoissances positives,
est la voie^pénible de l’expérience. |
Il s’ensuit, en outre que beaucoup de phénomènes ont lieu sans
système nerveux, que beaucoup d’autres ne reçoivent de ce système
que des modifications , que d’autres enfin le reconnoissent pour cause
unique ; et que par conséquent on ne peut considérer le système nerveux
comme la cause première et unique de toutes les actions des corps
organisés , de toute irritabilité , ,et de toute vitalité, à moins qu’un naturaliste
ne fût assez heureux pour démontrer qu’il y a de véritables
systèmes nerveux dans les zoophytes, et assez hardi pour élever les
fibres des plantes au rang des fibres nerveuses.
Il est de même évident que ce système n’est pas unique et uniforme,
mais qu’il doit être divisé suivant ses fonctions principales, et que
chaque division principale doit être subdivisée suivant les fonctions
particulières. Ainsi nous avons les systèmes nerveux du bas-ventre et de
la poitrine, les systèmes nerveux du bassin, des lombes du dos et du
col ; le système nerveux des sens , et le système du cerveau.
De même que les nerfs sympathiques se subdivisent en systèmes du
bas-ventre et de la poitrine, le système de l’épine du dos en systèmes
de chaque partie individuelle, et le système des sens en systèmes de chacun
des sens , de même on doit reconnoître des systèmes particuliers
dans les différentes parties du cerveau.
L ’importance du système nerveux est trop connue pour que nous
croyions qu’aucun de nos lecteurs en puisse douter, Cependant on jugera
par la suite, si nous* avons tort de prétendre qu'il est presque
impossible que l’on puisse embi’asser d’un coup-d’ceil l’immensité du