
On prétend avoir remarqué, chez l’aveugle-né de Puiseaux, que le
merveilleux de la nature et le cours des astres ne le faisoient pas croire
à Dieu , parce qu’il ne les pouvoit pas remarquer; et que ce même
aveugle mavoit peut-être de l’aversion pour le vol qu’à cause de la
facilité qu’on avoit de le voler sans qu’il s’en aperçût, et plus encore
de celle qu’on avoit de l’apercevoir quand il voloit; qu’il ne faisoit pas
grand cas de la pudeur ; qu’il ne sentoit point de commisération pour
un homme qui versoit du sang ?»
On voudrait, par de semblables exemples, faire naître l’idée que
nous avons obligation même de nos facultés morales aux sens !.
Les animaux qui ont tous les mêmes sens que les nôtres, tels que le
babouin et l’orang-outang , ont-ils donc plus de pudeur, et sont-ils
plus émus eu voyant répandre du sang , que les autres animaux ? Les
idiots qui ont leur cinq sens en bon état, sont-ils plus vertueux qu’un
aveugle-né ? Chaque lecteur ne doit-il pas s’apercevoir que c’est l’intérieur
seul qui modifie les impressions des sens , et: qui en fait ce que,
par un jugement précipité et borné, o n ,croit leur ouvrage immédiat ?
C’est pourquoi les mêmes objets extérieurs agissent tout différemment
sur l’homme et sur les animaux; tout différemment sur le lièvre et sur
le renard, sur tel ou tel individu,' etc.
La différence des sexes, des âges et des saisons ne produit pas une
altération essentielle dans le nombre et la nature des sens g pourquoi
donc les facultés intellectuelles et les inclinations sont-elles si différentes
chez l’enfant et chez l ’homme; chez le jeune homme et chez la
jeune fille ? Pourquoi chez les animaux est-ce tantôt le penchant à se
réunir en société et à voyager, tantôt celui de propager son espèce qui
agit ? Pourquoi le même oiseau se nourrit-il de préférence de grains dans
une saison, et de vers dans une autre ?
Il ne nous reste plus qu’à présenter en abrégé les observations suivantes
relatives à tous les nerfs des sens.
Diderot, 1. c. p. raö etsuiv.
Sous le rapport anatomique.
i°. Chaque nerf des sens a son origine particulière. Aucun ne naît
du cerveau, ni d’un autre nerf; mais les filamens de chacun sortent
d’amas particuliers de substance grise.
20. Chaque nerf des sens diffère des autres en grosseur, structure ,
couleur et consistance.
3°. Les appareils du même nerf sont plus ou moins compliqués, sont
plus ou moins nombreux dans les différentes espèces d’animaux.
4°. Il n’existe pas de proportion soit directe, soit constamment uniforme
entre la grosseur du cerveau et celle des nerfs.
5°. Il n’existe pas non plus dans les diverses espèces d’animaux et
dans les individus de la même espèce une proportion déterminée
entre les nerfs des sens; tantôt tel nerf, tantôt tel autre est plus
développé.
6°. On ne peut pas dire que le sexe féminin ait les nerfs des sens plus
grands ou plus petits que le sexe masculin.
no. Dans les différentes espèces d’animaux, et dans les individus de
la même espèce , les nerfs des sens se développent' et s’affoiblissent à
des époques très-différentes.
8°. Jusqu’à présent on ne connoît d’entrecroisement des nerfs des
sens que celui du nerf optique, et cet entrecroisement n’a même pas
lieu dans toutes les espèces d’animaux.
o°. Les nerfs congénères des sens de chaque côte communiquent
entre eux parleurs jonctions ( commissures J et avec les parties du cerveau
voisines par des branches communiquantes.
Sous le rapport physiologique.
1°. Les fonctions des sens ne sont rendues possibles que par des
instrumens matériels.