
de tiraillement, de déchirement, de distorsion peuvent nous affecter
à l'intérieur aussi fortement que quand ils. sont le résultat d impressions
extérieures ; qui osera donc affirmer que les expressions A’étroit, froid,
chaud, frisson, palpitation, tremblement, etc., aient été employées
pour désigner plutôt des qualités, des choses extérieures, que des sensations
intérieures? , ■ . ' .
11 existe aussi dans chaque langue une quantité d’expressions qu’il
seroit difficile de dériver d’’objets matériels. D’où viennent les mots de
faim, soif, v é r i t é , fausseté, erreur, ami, ennemi, haine, amour,
orgueil, honneur, péché, mal, bien, vouloir, penser, jo ie , douleur,
crainte, espérance, etc. ?, Ils servent à retracer nos sensations intérieures
, et nous les employons fréquemment pour peindre ce qui se
passe dans le monde extérieur. Nous disons qu’un pays est triste,
qu’une maison menace ruine, que l’excessive çhaleur fa it du mal aux
arbres, etc. f*P
D’où viennent les mots qui désignent non pas précisément des idées
déterminées, mais simplement le mode de penser, les prépositions,
conjonctions, interjections, adverbes d’interrogation et d’exclamation
etc., tels que mais, et, pourtant, cependant, car, s i, néanmoins,
conséquemment, aussi , donc, ainsi, hélas , oui , nonUete.
Les sourds-muets doués de raison, mais privés de la faculté de s’exprimer
par la langue articulée, ne-peindront-ils pas. leurs sensations
intérieures par des gestes qui n’ont absolument rien d,e commun avec
le monde extérieur ?
Si toutes nos idées venaient des sens, que seroient les idées générales
et purement intellectuelles * dont la signification est entièrement
indépendante du monde matériel, par exemple : il n’y a pas d’effet
sans cause ; rien ne- se fait de rien ; la matière ne peut recevoir ni
augmentation ni diminution ; une qualité contraire à un sujet ne
peut lui appartenir- ; une. chose ne peut en même temps être et n’étre
pas.
Enfin nous avons déjà démontré, en parlant de l’ouïe, que la faculté
de trouver de l’analogie entre les impressions du dehors et Les. impressions
de l’intérieur suppose une propriété d’un degt-é supérieur à
celle d’articuler des mots.
Le langage prouve donc aussi sous tous les rapports qu’il n’est pas
seulement l’ouvragé dès impressions des sens, mais qu’il suppose une
source intérieure et extérieure de nos sensations et de nos idées et en
même temps une faculté intellectuelle bien supérieure.
Quelques auteurs, persuadés que les impressions des sens ne suffisent
pas pour expliquer toutes les facultés des animaux et de l’homme,
admettent une source intérieure et une source extérieure de nos idées,
et disent avec Cabanis, Bichetànd, etc., « que nos idées nous viennent
de deux sources très-distinctes, savoir des sens extérieurs et des
organes intérieurs; que l’instinct naît des impressions reçues par les
organes intérieurs , tandis que le raisonnement est le produit des sensations
extérieures ». Ils ajoutent encore : « Que dans les animaux les
sens extérieurs plus grossiers laissent prédominer l’instinct, et que
dans l’homme la perfection de ses sens douane au raisonnement une
prépondérance marquée, en même temps qu’elle-âffoiblit l’instinct ».
Mais Cette manière de s’exprimer supposé encore à tort que l’hommé
a tes sens plus parfaits que les animaux ; et comme d’un autre côté on
attribue en général aux peuples sauvages dés sens plus finsp ce seroit
d’eux qu’on détroit attendre la philosophie la plus profonde, et l’instinct
le plus foible ; c’est cependant ce que l ’on croira difficilement. On
dëvrôit d’abord s’accorder sur ce qu’est proprement l’instinct. Si, mu
par des principes différens, l'homme est plus que les animaux en état
de dominer ses penchas», il ôe s’ensuit nullement qu’il ait des pen-
chàns ou des instincts pltis foibîeSi-EnfiH'lespeôchafls, les medinations,
lés passions sont aussi bien des objets de considération pour la raison,
que les impressions des seus ; celles-ci ont aussi besoin d’organes intérieurs
lorsqu’elles ne restent pas de simples impressions matérielles , et
qu’elles doivent être employée» par l'entendement à de pin» hautes
fonctions; l’oeil et le toucher seuls forment le géomètre aussi peu que la
femelle crée dans le mâle l’instinct de la génération, et que la brebis
est la cause, primitive de l’instinct carnassier du loup.