
dre garde que la qualité de musiciens qu’ont les oiseaux, vientmoins de
la finesse et du goût de leur oreille, que de la disposition de leur
gosier, ils ressemblent encore en ceci à bien des musiciens qui donnent
du plaisir et qui n’en prennent point. On voit un chien crier, on
le voit pleurer, pour ainsi dire, à un air joué sur une flûte; on le voit
s’animer à la chasse au son du cor, on voit le cheval plein de feu pour
le son de la trompette, malgré les matelas musculeux qui environnent
leur organe de l’ouïe ; sans le limaçon qu’ont ces animaux, on ne leur
verroit pas cette sensibilité à l ’harmonie; on les verroit stupides en ce
genre, comme les poissons qui manquent de limaçon aussi bien que les
oiseaux, mais qui n’ont pas , comme ceux-ci, l’avantage d’avoir une
tête assez dégagée, assez sonore, pour suppléer à ce défaut ».
La tête de beaucoup d’oiseaux chanteurs est pourvue de muscles
proportionnellement plus forts que ceux de la tête des animaux mammifères
qui ne sont pas obligés de mâcher des alimens durs, tels que
le fourmillier, et même que ceux de la tête du boeuf et du cheval,
qui n’ont en général des muscles très-forts que sur les côtés de cette
partie. Le pinson, le chardonneret, le cardinal, la linotte, ont la tête
tapissée de muscles assez forts, tandis que la tête du pic-verd, qui n’est
rien moins que mélodieux, en est presqu’entièrement dépourvue. Les
têtes de la grive des marais à la voix aigre, du coucou au chant monotone,
et du jaseur de Bohême Ç ampelis garrulusTu.) aux accens imparfaits
ne sont pas plus garnies de muscles que celles du moqueur aux
modulations enchanteresses, du merle au gosier mélodieux et de la
grive de vigne aux accords si agréablement variés.
En supposant arbitrairement que la tête entière des oiseaux est sonore
, on pourroit tout au plus démontrer comment chez eux un son
foible peut être considérablement renforcé. Mais comme personne ne
trouvera dans la voûte osseuse des oiseaux et dans leurs prétendues
cellules retentissantes cette gradation ingénieuse de filets nerveux de
differentes longueur que l’on admet dans le limaçon des animaux
mammifères, nous ne concevons pas comment les oiseaux ont la faculté
de percevoir, une mélodie déterminée. Cependant nous sommes forcés
d’admirer souvent l ’ardeur et la vivacité avec lesquelles le rossignol
comme enchanté de lui-même fait entendre son chant plaintif et mélodieux
qu’il continue jusqu’à mourir d’épuisement. Si l ’on croit que le
hurlement des chiens lorsqu’ils entendent jouer de la flûte, et leurs
cris d’impatience au son du cor de chasse ; que le trépignement et le
hennissement du cheval au son de la trompette puissent être attribués
à l ’harmonie, on nous assure d’un autre côté que quelquefois les
poissons et les serpens doués de si peu de sentiment , et même les
araignées sont attirés et comme enchantés par une harmonie douce.
Ainsi nous qui voulons que tout jouisse et que tout serve à la jouissance,
nous nous flattons que le renard et le lièvre, la helette et le
rat, n’ont le limaçon qu’afin que les accens mélodieux des hôtes
ailés des forêts ne fassent pas retentir inutilement les arbres et les
rochers.
’ L ’organisation delà glotte des oiseaux, dont on s’aide pour étayer
cette proposition, est en rapport réciproque, il est vrai, avec le chant
et avec le désir de propager son espèce, et c’est principalement lorsque
ce désir se fait sentir que les oiseaux ont coutume de chanter. Mais si
la nature chez ces êtres a pu, en formant la glotte, effectuer l’instinct
du chant, pourquoi le même instrument n’eût-il pas suffi pour le même
effet chez les mammifères et chez l ’homme ? Le bouvreuil qui chante
d’une manière si agréable, lorsqu’il a été instruit, pourquoi laissé à
lui-même ne produit-il, avec la même glotte, qu’un petit nombre de
sons gémissans. Qui, jusqu’à présent, a pu démontrer une différence
essentielle entre la glotte des oiseaux mâles et celle des femelles généralement
muettes. Si l’on nous oppose que dans l’exemple du bouvreuil,
c’est par l’exercice que cet oiseau acquiert la faculté de chanter, nous
conviendrons que chez les oiseaux de même que chez l'homme la glotte
et le larynx sont indispensables à l’exécution du chant, et qu’ils sont
perfectionnés par l’exercice; mais nous démontrerons plus tard et d’une
manière plus détaillée que le gosier ne peut nullement devenir l’instrument
de la mémoire des sons , ni celui de leur conception.
Mais revenons à l’ouïe en général, et examinons si l’on peut la regarder
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