
mains et sans pieds ont des idées très-justes des distances, des
formes, etc., et que d’autres individus qui ont les mains entièrement
estropiées, exécutent avec leurs moignons des choses surprenantes?
Pourquoi les artistes n’ont-ils pas jusqu à présent trouve le secret de
juger le talent de leurs élèves d’après la conformation des mains?
Quoiqu’il soit vrai que quelques muscles de la main manquent aux
singes, ils peuvent pourtant tenir les plus petits objets entre le pouce
et l index; ils arrachent les cheveux les plus fins, ils saisissent et portent
tout de même que les hommes ; ils défont les noeuds les plus
entortillés, en se servant comme l’homme de leurs doigts et de leurs
dents ; ils emploient même leurs pieds de derrière a tous ces usages;
et cependant ont-ils jamais inventé un outil ou un art quelconque ?
Il ne leur manque pas non plus qu’au chien et au chat l’adresse de
porter; pourquoi donc ces animaux, malgré tant de facultés, nont-ils
jamais pu parvenir à l ’idée de porter du bois au feu, lors meme qu ils
grelottent de froid ?
Tout ce que nous venons d’alléguer prouve que l’homme et l’animal
ne font point ce qu’ils exécutent par le moyen du toucher, parce qu ils
ont ce sens plus ou moins parfait ; mais on doit admettre que les organes
extérieurs , que les sens sont calculés d’après les facultés intérieures.
IS’existeroit-il pas une contradiction perpétuelle entre les penchans ,
les facultés et les organes extérieurs ; et les facultés intérieures ne
seroient-elles pas rendues inutiles par l’impuissance des organes extérieurs,
si ces organes n’étoient pas propres à exécuter ce que leur
commandent les organes intérieurs ? Donnez au tigre altéré de sang
les pieds et les dents de la brebis, et donnez à la brebis les griffes et
les dents meurtrières du tigre, à l’instant, par cet arrangement contradictoire
des appareils, vous détruisez l’existence de ces deux animaux.
Le degré d’adresse, d’industrie et d’intelligence dont est doue un
animal, n’a donc pas pour principe sa trompe ou sa queue qui lui tient
lieu de truelle; l’homme n’invente pas parce qu’il a des mains; mais
l’animal et l’homme ont ces organes, parce que leur organisation intérieure
est douée de facultés qui sont en rapport avec ces organes. Certains
organes peuvent être indispensables pour exécuter certaines choses,
cependant on ne peut pas leur attribuer la pensée qui fait construire
un nid oü une hutte , ou inventer l’imprimerie ou la tisseranderie.
Nous voyons aussipar là qu’une similitude d’industrie existe chez plusieurs
animaux, quoique leurs organes soient entièrement différens, ou
que des facultésintérieures semblables obtiennent un même résultat par
des organes extérieurs absolument dissemblables. La trompe est pour
l’éléphant ce qu’est la main pour l’homme et pour le singe; l’hirondelle
attache son nid et la grive cimente l’intérieur du sien avec de l’argile détrempée
par le moyen de leur bec ,commele castor en enduit son habitation
par le moyen de sa queue ; l’écureil et le roitelet, la grive de marais
et la souris de roseau construisent leur nid d’une manière presque semblable.
L’aigle tient sa proie entre ses serres , comme le chien tient un
os entre ses pattes; quelque différence qui existe entre les mains du
singe, et les pieds du perroquet et du remiz (parus pendulinus, mésange
de Pologne ), tous les trois se servent de ces parties pour tenir en l’air
leur nourriture de la même manière; le cochon fouille la terre avec
son groin, le chien la gratte, et le cerf la frappe avec ses pieds, pour
déterrer les truffes.
De même aussi des phénomènes entièrement différens résultent
d’organes extérieurs semblables. De combien de manières diverses et
avec quelle variété de toiles les différentes espèces d’araignées n’attra-
pentrelles pas leur proie ? Quelle diversité de structure dans les nids des
oiseaux? Ceux même qui en construisent de semhlables, et qui appartiennent
au même genre, combien ne diffèrent-ils pas dans leur manière
de vivre, par leur séjour habituel, par leur nourriture, par leur
chant et autres particularités distinctives ? La grosse mésange ( parus
major1, par exemple, fait son nid dans le creux des arbres; la mésange
à longue queue (parus caudatus) dans les bifurcations et entre
l ’écorce et le tronc ; la mésange barbue ( parus barbatus ) dans les
roseaux, et le remiz suspend à une branche mince son nid remarquable
par l’art et la délicatesse ; tandis que le coucou, quoique muni d’un bec
et de pieds comme les autres oiseaux, n’en construit aucun.