
Ce sont les phénomènes anatomiques, physiologiques et pathologiques
que l’on observe dans les hydrocéphales, qui nous ont d abord
mis sur la voie pour arriver par degrés à une connoissance exacte descirconvolutions
du cerveau. Nous allons exposer sommairement 1 histoire
de la découverte de la structure et du déploiement des circonvolutions.
On a cru jusqu’ici que, dans les hydropisies du cerveau, celui-ci
étoit pins ou moins désorganisé et détruit. Si, comme il arrive presque
toujours, toutes les hydrocéphales, surtout lorsqu’elles sont considérables,
étoient accompagnées d’une grande foiblesse desprit, oud un engourdissement
complet des sens extérieurs et intérieurs , nous eussions
difficilement présumé le contraire. Mais nous avions eu pendant six ans
sous les yeux une femme qui, attaquée d’une hydropisie du cerveau
considérable depuis sa plus tendre enfance jusqu à sa cinquante-quatrième
année, n’avoit que le corps un peu grêle, et d ailleurs étoit
aussi active , et aussi intelligente que les femmes de sa classe. Comme
nous étions convaincus depuis long-temps que le cerveau e sfl organe
indispensable de l’ame, ce phénomène dut nous induire à penser que ,
dans les hydrocéphales , il se passoit autre chose que ce que l’on avoit
cru jusqu’alors. Durant la vie de cette femme nous examinâmes plusieurs
hydrocéphales considérables , accompagnées de la paralysie de
la plupart des parties du corps et d’une imbécillité complète. Nous
trouvâmes constamment que l’eau accumulée dans le cerveau etoit
claire, et ne contenoit aucun vestige de dissolution de cet organe.
Nous remarquâmes que la masse du cerveau étoii étendue en une
grande vessie, ce qui avoit causé la disparition totale ou partielle de
presque toutes les circonvolutions. Lorsqu’elles avoient disparu entièrement
, nous vîmes que l’enveloppe de substance grise étoit presque
partout d’épaisseur égale. Toute la surface intérieure des cavités ag-
grandies étoit parfaitement blanche; et dans la plupart des points
on apercevoit très-distinctement non-seulement les fibres nerveuses ,
mais encore les vaisseaux sanguins qui les accompagnent. C est ce qui
servit à nous convaincre davantage que dans les hydrocéphales trèsfortes,
les fibres du cerveau neprouvoient aucune espèce de dissolution
ni de destruction.
La femme dont nous venons de parler, mourut d’une inflammation
des intestins , à l’âge de cinquante-quatre ans. Les cavités du cerveau
contenoient environ quatre livres d’une eau pure et limpide. Les
circonvolutions à la partie supérieure du front et au sommet de la
tête étoient entièrement disparues ; plus bas, elles se montroient
encore plus ou moins sensiblement. Nous vîmes aussi que la structure
fibreuse et les vaisseaux sanguins n’avoient nulle part souffert d’altération.
Alors nous pûmes comprendre pourquoi, dans des cas semblables,
les fonctions intellectuelles conservoient souvent leur force.
Mais nous n’avions pas encore d’idée nette de la manière dont les
Cavités du cerveau s’étoient agrandies , comment les circonvolutions
étoient disparues, comment enfin la substance grise se présentoit sur
la surface comme une enveloppe d’épaisseur constamment égale.
Nous examinâmes les circonvolutions dans l’état naturel, et nous
reconnûmes que toutes les fibres y étoient dans une position verticale
de la base au sommet; or ces mêmes fibres ayant pris, dans l’hydrocéphale
, une position horizontale relativement au contour entier
des cavités agrandies, nous dûmes en inférer que les circonvolutions
qui sont droites dans l’état de santé, avoient été divisées en deux
parties , et avoient pris une position horizontale dans l’hydrocéphale ;
que par conséquent elles avoient été déployées. Cela nous parut d’autant
plus vraisemblable que la couche grise extérieure qui s’enfonce
dans les intervalles des circonvolutions, a, dans l’hydrocéphale,été
trouvée étendue sur la couche blanche fibreuse, dans la même proportion
que la position de celle-ci a été réduite de verticale en horizontale.
Alors nous osâmes essayer d’imiter par l’art l’état du cerveau dans
les hydrocéphales. Nous enlevâmes d'abord la membrane vasculaire et
l ’arachnoïde. La membrane vasculaire n’opposeroit pas un grand
obstacle au déploiement, parce qu’elle s’enfonce et se double dans les
intervalles des circonvolutions , et peut, en conséquence , être séparée