
source abondante de connoissances, quelque avantageuse qu’elle soit
pour rectifier leur pratique. Soit paresse, soit ignorance., on a aussi donne
trop d’étendue au principe que les conséquences tirëesde l’état de mort
ne peuvent s’appliquer à l ’état de vie. Le plus souvent le defaut de
temps, la nature de la maladie qui a précédé la mort, la saison, le
dégoût, la crainte de l’infection et d’autres motifs rendent l’autopsie
cadavérique beaucoup plus rare qu’il ne convient au devoir d’un
médecin.
Dans la plupart -des petites universités ce n’est qu’en hiver qu’il est
possible d’obtenir quelques cadavres, de sorte que les étudians ne
peuvent pasmême prendre les notions indispensablespour la medocine
légale. Il n’y;a donc guères qu’un professeur d’anatomie placé près d’un
grand hôpital 'qui puisse se livrer avec quelque étendue à l’étude de
cette science. Mais est-ce toujours le professeur public qui a le désir et
le talent de faire plus que n’exigent ses leçons ?
Celui qui sait combien il fant travailler pour faire une série de de-
couvertes^ combien de temps il faut voir pour apprendre à voir; combien
de fois, surtout dans les parties délicates, tel que le cerveau,
le même objet doit être reproduit isous tous les aspects., et combien ,
après des essais multipliés, on court le risque et on doit éprouver la
crainte de n’avoir pas bien vu; celui qui sait combien chaque fois
qu’on renouvelle les recherches, il s’élève de nouveaux doutes, de
nouvelles difficultés, de nouvelles questions; icelui-là., disons-nous,
ne sera pas surpris de la lenteur des progrès de l'anatomie ; et il nous
pardonnera de ne pas accorder une confiance sans bornes aux découvertes
anatomiques dans les parties délicates ,, lorsqu’elles ne sont que
le résultat d’observations peu nombreuses.
De toutes les recherches anatomiques, celles qui ont eu les parties
fines , et particulièrement le cerveau pour objet, ont été les moins
nombreuses. La plupart des médecins et des chirurgiens ont toujours
regardé la connoissance du cerveau comme peu nécessaire. On n’avoit
pas assez de lumières pour présumer seulement qu elle pût conduire
aux découvertes les plus utiles et les plus importantes. Même lés dis-
Sections de cerveaux dé fous que firent quelques médecins, n’ont pas
détruit l’opinion erronée où l’on est, que les maladies de l’esprit sont
indépendantes de l’organisation. Ou s’y attaehoit au contraire d’autant
plus fortement, que le plus souvent on ne trou voit point d’altérations
apparentes dans ces cerveaux.
Le procédé que bon suivit jusqu’à nous dans la dissection du cerveau,
rendoit impossible la connoissance exacte de sa structure. Déjà
Stenon blâmoit les méthodes reçues : « Les recherches demandent
qu’on ne coupe pas la moindre partie , sans l'avoir examinée auparavant.
L’anatomie en général a été traitée avec peu de succès, et les
recherches du cerveau en particulier ont encore moins réussi, n’ayant
pas été entreprises avec toute la diligence nécessaire, à cause des
difficultés attachées à la dissection de cette partie tjr Le cerveau est
en effet composé presqu’entièrement de fibres si délicates et si rapprochées
les unes des autres, que lorsqu’on le coupe , il paroit ne former
qu’une masse uniforme et pulpeuse ; et cependant il n’y a eu jusqu’à
présent qu’un petit nombre d’anatomistes, tels que Leuwenhoek,
Vieussens, etc., qui aient essayé un autre procédé. On se servoit d’un
couteau particulier très-affilé , très-fin, très-long, et à deux tranchans;
et l ’on éprouvoit d’autant plus de satisfaction que l’on pouvoit faire
des ooupes plus nettes et plus unies. Mais il étoit par là impossible de
suivre, comme Stenon l ’avoit également recommandé, la direction des
fibres, et quelles que fussent les coupes, verticales, horizontales ou
obliques, on songeait si peu à ménager et à observer la liaison des
parties , qu’on espéroit, à l’exemple de Yicq-d’Azyr, pouvoir d’autant
mieux les examiner qu’elles auroieat été plus isolées par des coupes.
Quelques-uns voulant remédier à la mollesse du cerveau par diverses
préparations, le firent bouillir dans.de l’huile, ou macérer dans l’acide
nitrique ou muriatique étendu par de l’eau ou par de l ’esprit de vin ,
ou dans une dissolution de muriate de mercure suroxigéué, etc. ; on
le fit même geler. Mais la plupart des anatomistes accordèrent peu de
confiance aux résultats de ces essais.
On employoit constamment la mauvaise méthode de faire les coupes