
l’harmonie, et des effets salutaires de la musique. Il prend beaucoup
de peine pour expliquer comment le limaçon est entièrement
organisé pour toutes les vibrations possibles. | Comme le labyrinthe
est simple, dit-il 1, et uniforme, je conçois qu’il est l’organe général
de l’ouïe, c’est-à-dire, l’organe remué indifféremment par toutes sortes
de sons, ou de bruits, ou si vous voulez, c’est l’organe général du
bruit ; mais le limaçon a, ce me semble , une construction et un usage
plus recherches, sa figure est vraiment celle d’une coquille de limaçon.
L ’intérieur est composé de deux rampes, ou de deux espèces de canaux
en spirale et séparés 1 un de l’autre par une membrane fine et nerveuse,
soutenue par des avances de la lame osseuse.
« L ’artifice de cette construction est de la plus parfaite mécanique ;
l ’office essentiel d’un organe des sens est d'être proportionné à son
objet, et pour l’organe de l’ouïe, c’est de pouvoir être à l’unisson de
toutes ces vibrations de 1 air : ces vibrations ont des différences infinies,
leur progression est susceptible de degrés infiniment petits. Il faut
donc que l ’organe, fait pour l ’unisson de toutes ces vibrations , et pour
les recevoir distinctement, soit composé de parties dont l’élasticité
suive cette même progression , cette même gradation insensible, ou
infiniment petite. Or la spirale est, dans les mécaniques , la seule machine
propre à donner cette gradation insensible.
« On voit clairement que la lame spirale du limaçon est toute faite
pour etre tremoussee par l’impulsion de l’air intérieur qui l’environne.
On voit de plus qu’à la base de la spirale, la lame faisant un
plus grand contour, elle a des vibrations plus longues; elle les a
tres-courtes; au sommet, par la raison contraire. Tournez un fil d’ar-
chal en limaçon, vous verrez combien les grands Contours seront
mous, et combien au contraire les petits contours du Sommet seront
roides; or depuis le commencement jusqu’au sommet il y a une gradation
insensible ou infiniment petite d élasticité, en sorte que quelque
division que 1 on conçoive dans les tons , il n’y en a point qui ne ren-
’ L. c. p. 60.
contre dans les points de cette spirale son unisson, ou sa vibration
égale; ainsi il n’y a point de ton qui ne puisse imprimer distinctement
sa vibration à cette spirale, et voilà en quoi consiste le grand artifice
du limaçon. C’est pourquoi je regarde le limaçon comme le sanctuaire
de 1 ouïe , comme l’organe particulier de l’harmonie ou des sensations
les plus distinctes et les plus délicates en ce genre »*
Lecat savoit au moins que les animaux mammifères ont un limaçon
aussi parfait que l’homme. Il explique par là leur aptitude à percevoir
le son de la trompette et toute autre espèce d’harmonie. Meckel a , ainsi
que nous, trouvé dans les animaux mammifères le limaçon plus parfait
que chez l’homme. « Le limaçon, dit-il1, est beaucoup plus artiste-
ment formé et d’une manière plus remarquable chez les animaux que
chez l’homme. Chez quelques-uns des premiers il y a quatre canaux »,
Ainsi l’opinion d’Ackermann sur le limaçon tombe d’elle-même.
On peut encore ajouter, que les oiseaux qui de tous les animaux
ont l’aptitude la plus décidée pour l’harmonie, n’ont au lieu du limaçon
qu’un canal osseux allongé. Lecat a pre'vu ét S’est fait cette objection
; mais il croit y avoir répondu d’une manière satisfaisante en
disant : * « Les oiseaux, direz-vous, n’ont point de limaçons,''et cependant
ce sont les plus musiciens de tous les animaux. Les oiseaux
ont l’ouïe très-fine, quoique sans limaçon , parce qu’ils ont la tête
presque toute sonore comme un timbre ; et la raison en est qu’elle
n’est pas matelassée de muscles comme la tête des autres animaux. Par
là ils doivent être très-ébranlés par les sons qu’on leur fait entendre ;
leur labyrinthe très-sonore suffit pour cela ; la grotte la plus simple
répète bien, en écho, un air musical : mais s i, à cette excellente disposition
de l’ouïe des oiseaux, la nature avoit ajouté le limaçon, ils
auroient été beaucoup plus sensibles aux modulations harmonieuses;
ils auroient eu la passion de l’harmonie, comme presque tous les animaux
ont celle de la gourmandise ; ce qui n’est point, car il faut prenn
1 Diss. anat. phys. de labyrinth. auris. Argent. 1777, p. 17.
• L. c. p.6a.