
la quantité de vaisseaux sanguins que reçoivent ces organes, à leurs
ramifications et à leurs combinaisons, en un mot à une infinité de
circonstances secondaires, plutôt qu’à l’essence intérieure des nerfs.
Puisqu’il a été démontré que les différens nerfs ne dérivent pas
d’une source unique, d’un tronc commun, on ne peut étayer une
telle opinion sur aucune démonstration anatomique ; au contraire l ’anatomie
la réfute complètement. Il y a une différence frappante entre
les nerfs mous et rouges blanchâtres du système sympathique, et les
nerfs durs et blancs de l’épine du dos ; d’un autre côté, les fibres nerveuses
délicates du cerveau et du cervelet, se distinguent des nerfs de
la colonne vertébrale, par leur blancheur et leur mollesse. Tous les
nerfs différant entre eux par la variété de leur configuration. Ainsi
les nerfs des sens ne se ressemblent nullement dans leur couleur,
leur consistance , leur forme et leur texture. Souvent les divers fila-
mens du même nerf, sont très-visiblement dissemblables. Non-seulement
les différens systèmes nerveux, mais aussi les filets du même nerf
sortent de différens amas de substance grise, placée dans divers endroits.
Les ganglions des différens systèmes sont plus ou moins nombreux
, suivant que leur forme, leur consistance , leur texture et leur
couleur varient, Toutes ces particularités restent les mêmes dans les
mêmes nerfs ; elles doivent donc avoir pour cause une différence primitive
dans la structure intérieure, et être d’une nécessité essentielle
pour la diversité des fonctions. C’est aussi ce qui fait dire aux auteurs *
qui combattent cette différence par d’autres motifs : « Les parties analogues
reçoivent constamment leurs nerfs de la même paire dans tous
les animaux, quelle que soit la position de pes parties, quels que soient
les détours que cette paire est obligée de faire pour s’y rendre. Les
nerfs analogues ont toujours une distribution semblable ; ils se rendent
toujours aux mêmes parties. Même les plus petites paires, celles dont
la distribution est là plus bornée, ou qui pourraient être le plus aisément
suppléées par les paires voisines , comme la quatrième et la sixième»
conservent lenr existence et leur emploi »,
* Cuvier, 1. p. p. tga.
iil
. « Il semble assez naturel de conclure de là , que les nerfs ne
sont pas entièrement semblables entre eux, et ne conduisent pas partout
un fluide absolument identique, comme le font, par exemple,
les artères; mais qu’il y a dans la structure de chacun d’eux, dans leur
manière d’agir, dans leui^action sécrétoire, quelque particularité relative
aux fonctions et à la nature de l’organe qu’ils vont animer. C’est surtout
sous ce rapport que la comparaison détaillée des nerfs dans les diverses
classes pefut intéresser le physiologiste ».
Cette règle admettrait de nombreuses exceptions , si plusieurs relations
des physiologistes sur l’origine des nerfs dans différens animaux
étoient exactes ; si, par exemple , dans les poissons le véritable nerf
auditif étoit simplement une branche de la cinquième paire ’ , et si ,
dans la taupe, le nerf optique et le nerf du museau sortoient de la
même racine *. Mais de même qu’on nous présente avec confiance l’anatomie
des nerfs des plus petits insectes , de même on avance 3 avec
assurance quelescirconvolutions du cerveau manquent entièrement dans
plusieurs espèces de la famille des chiens, que les animaux mammifères
n’ont point de corps olivaires ni pyramidaux, et que leur cervelet
consistant, à. ce qu’on prétend, presqu’uniquement dans le processus
vermiforme, n’offre point de noyau médullaire ou ganglion. S’il est
possible qu’on se méprenne aussi grossièrement sur de grands animaux,
on doit se fier d’autant moins à des recherches plus délicates, que leurs
résultats sont plus en contradiction avec les lois constantes de la nature.
Les principes physiologiques viennent encore à l’appui des principes
anatomiques qui servent à prouver la différence des nerfs. On convient
que les appareils extérieurs communiquent aux nerfs des irritations
différentes ; mais si tous les nerfs sont de même nature , comment se
fait-il que ces différentes impressions de leur extrémité périphérique
soient transmises au cerveau, sans altération ? Les impressions du nerf
’ Treviranus ; Biologie der lebenden Natur. B. 1, S. 371.
* Idem. S. 204.
3 Idem. S. 4^4*
I. l 7