
samment démontré ailleurs 1 que l’anatomie peut bien servir à confirmer
et à expliquer les vérités physiologiques ; mais qu’il est rare qu’elle
conduise à la connoissance des fonctions par celle de la structure
des parties, surtout quand il s’agit du cerveau et de ses parties, qui
ont entre elles tant de ressemblance apparente. Il n’y auroit tout au
plus que l’anatomie comparée du cerveau , qui, appliquée aux différentes
facultés des animaux et de l’homme, pourroit servir à constater
les découvertes physiologiques faites par d’autres voies. Mais c’est encore
un rapprochement qui jusqu’à présent a été rendu imposable par
la philosophie adoptée. Outre la faute que l’on commettoit en comprenant
toutes les facultés particulières des espèces et des individus sous
l’expression générale d'instinct , on accordoit trop peu d’attention à
leurs divers penchans et à leur conduite intellectuelle et domestique
dans leur état de liberté.
Au lieu de rechercher simplement des phénomènes en nombre suffisant,
on se livroit à des subtilités philosophiques pour en faire éclore
des hypothèses et des explications ; on tàchoit de découvrir comment les
âmes et les corps étoientunis; si c’étoit immédiatement, ou parle moyen
d’une substance intermédiaire. On vouloit même approfondir la nature
dé cette substance moitié corps et moitié ame ; on vouloit savoir comment
l’esprit et le corps, comment le cerveau et les nerfs agissent réciproquement
l’un sur l’autre; si les sensations et les idées sont les résultats
des impressions faites dans le cerveau ; s’il en reste des traces, comment
elles se renouvellent, etc. ?;.
En supposant qu’on eût par hasard trouvé une faculté primitive, et
sa condition materielle , et qu’on eût commencé à rechercher les autres
à l’aide d’une assez grande force d’induction, que de doutes et de
difficultés alloient se présenter à l’esprit ! Quelle lutte entre ces idées
nouvelles et des principes dont jusqu’alors on avoit été imbu ! A peine
croit-on avoir un principe confirmé par l’expérience qu’on est obligé
d’en faire le pénible sacrifice. On a besoin d’une grande somme d’ex1
Mémoire à l’Institut de France , etc., p. 244 et suiv.
périences préalables et individuelles pour persévérer dans ses recherches.,
malgré la foiblesse de notre vue si souvent trompée, et pour mettre
les erreurs même à profit, afin de s’approcher de la lumière que l’on
voit briller dans le lointain.
Très-souvent on est soi-même persuadé intimement d’une vérité
mais on manque de preuves physiques assez nombreflses pour convaincre
et les sceptiques et les adversaires de tous les genres. Il faut
donc multiplier les preuves jusqu’à ce qu’elles soient irrésistibles. Mais
quelle est la. vie qui peut y suffire, et quand trouve—t-on des conjonm
tures assez favorables ?
Afin d’écarter tous les obstacles et d’employer tous les moyens, autant
qu’il étoit en notre pouvoir, nous avons réuni aux expériences
et aux travaux antérieurs de plusieurs années , les notions que nous
avons pu recueillir dans nos voyages. Notre; commerce avec' un
grand nombre d’hommes distingués, et la recherche de leurs qualités
prédominantes nous ont fourni les idées les plus lumineuses sur la
nature des connoissances humaines. Nous avons profité des observations
que nous ont faites nos auditeurs et nos amis, et des objections
proposées par les sceptiques et par nos adversaires. G’est ainsi que nous
sommes parvenus à connoftre plusieurs difficultéset plusieurs défectuosités
de notre doctrine. Nous avons en même temps étudié’sans relâche
l’organisation des hommes à grands talens et l’organisation des hommes
bornés, pour mieux saisir par ce rapprochement la différence de l ’une
avec l’autre. Nous avons recueilli des faits innombrables dans lés
écoles et dans les grands établissemens d’éducation, dans les maisons
d’orphelins et d’enfans trouvés, dans les hospices de fous, dans les
maisons de correction et dans les prisons, dans les interrogatoires judiciaires
et même sur les places d’exécution ; les recherches multipliées
sur les suicides, les imbécileyet les aliénés n’ont pas peu contribué à
fixer nos opinions. Nous avons aussi considérablement augmenté notre
collection de bustes en plâtre et de crânes d’hommes et d’animaux.
Nous avons mis à contribution un grand nombre de cabinets anatomiques
et physiologiques, et comparé les statues et les bustes antiques à nos