
complété aux sourds-müets , et leur enseignoit même à
parler 1 ? Aussi regrettons - nous que les circonstances
■ Don Emmanuel Nunez, Espagnol, demeurant à Paris , ayant eu
occasion pendant l’impression de cet ouvrage de voir le passage où
nous disons que Ion s est occupé depuis plus de deux cents ans de
1 instruction des sourds-muets, nous a communiqué une notice intéressante
que nous croyons devoir insérer ici toute entière..
Notice sur T instruction des sourds-muets en Espagne.
Dès la fin du dix-septième siècle, Wallis, philosophe et mathématicien
anglois, et Jean Ammann, médecin suisse, établi en Hollande,
se distinguèrent en enseignant à parler aux sourds-muets. Tous deux
ont écrit sur cet art utile, mais sans développer suffisamment leur
méthode.
Vers l’an i 75i un Portugais, nommé Pereyra, apprenoit aussi à
parler aux sourds-muets à Paris. Son premier élève fut présenté %
l’Académie des Sciences par M. de la Condamine. Cette société donna
au Portugais des témoignages éclatans de satisfaction; et Louis XV
qui voulut voir le muet parlant, et qui lui fit différentes questions,
accorda à Pereyra une pension de huit cents francs. Pereyra prétendoit
que sa méthode étoit entièrement différente de celle de Wallis et d’Am-
mann ; mais les Hollandois assuroient qu’elle étoit la même, et qu’il
l’avoit empruntée d’Ammann : les Anglois regardoient toujours leur
compatriote Wallis comme l ’inventeur de cet art.
Tandis que l’on se disputoit à Paris, à Amsterdam et à Londres la
gloire de cette invention si importante pour l’humanité, on oublioit
son véritable auteur, le célèbre et modeste Pedro de Ponce, bénédictin
espagnol. Je ne sais par quelle étrange fatalité on ne cesse, depuis
trois siècles, de ravir aux Espagnols la gloire des services qu’ils
ont rendus aux sciences, pour en gratifier des étrangers. C’est ainsi
actuelles ne nous aient pas permis de nous acquitter entièrement
du devoir de la reconnoissance envers les auteurs
de toutes les nations, particulièrement envers les Anglois.
qu’on veut aussi leur ravir l’art d’enseigner à parler aux sourds-muets
dont l’invention leur appartient incontestablement. Malheureusement
les Espagnols ont négligé la découverte de leur compatriote ; tandis
que les étrangers l’ont développée et portée à un haut degré de perfection.
Une chose remarquable, c’est que les savans auteurs des Mémoires
de Trévoux, qui auroient dû connoître et nommer l’auteur
de cette invention , le bénédictin Pedro de Ponce, se servent des
expressions d’une nouvelle méthode, en parlant de la méthode d’enseignement
de Wallis et d’Ammann.
- Il me seroit facile de produire un grand nombre d’autorités en faveur
de ce que j’avance ; je me contenterai d’en citer quelques-unes, qui
sont si convainquantes qu’il me semble impossible de les combattre.
Plusieurs historiens Espagnols contemporains de Pedro de Ponce ,
disent expressément que ce religieux du couvent de Sahagun a inventé
et a porté à un haut degré de perfection l’art de rendre l’usage de la
parole aux infortunés que la nature semble avoir condamnés à un silence
éternel.
Lepez dans sa savante chronique, Vallès dans sa Philosophia sacra
et Ambrosio Morales dans son livre sur les antiquités d’Espagne, ne
nous laissent aucun doute à cet égard. Vallès., contemporain et ami
de Pedro de Ponce, s’exprime ainsi : Petrus Pondus , monachus
sancti Benedicti, amicus meus, qui, res mirabilis !. natos surdos doce-
bat loqui, etc.
Ambrosio Morales, qui étoit aussi contemporain et ami de Pedro de
Ponce, connoissoit plusieurs de ses élèves. Voici ce qu’il dit : « Pedro
« de Ponce enseigna aux sourds-muets à parler avec une perfection
« rare. 11 est l’inventeur de cet art. Il a déjà instruit de cette manière
« deux frères et une soeur du connétable, et s’occupe actuellement