
ses divisions. Il avoit de commun avec l’aveugle de Puiseaux, d être
affecté de la moindre vicissitude qui survenoit dans l’atmosphere,, et
de s’apercevoir, surtout dans les temps calmes ^ e la présence des
objets dont il n’étoit éloigné que de quelques pas ■ ;
On cite même, d’après Boyle , l’exemple d’un musicien aveugle-qui
palpoit les couleurs. Beaucoup de personnes »voient raconte la même
chose de l’aveugle Weissenbourg de Manheim. Celui-ci avoit environ
trente petits morceaux de draps dont il déterminoit la couleur avec
précision. Mais il lui arrivoit fréquemment de se tromper au drap des
habits des étrangers ; ce qui donne lieu de soupçonner qu’il avoit d autres
marques de reconnoissance. Les cartes dont il avoit coutume de se
servir pour jouer étoient marquées par des piqûres d épingle; lès per
sonnes qui n étoient pas au fait, croyoient qu’il distinguoit par le tact
la couleur des cartes. C’est sans doute aussi le moyen qu’employoït
l’aveugle dont parle Lecat. Au moins plusieurs aveugles-nés qui avoient
perfectionné avec beaucoup de soin leurs facultés intellectuelles et leur
toucher, nous ont assuré qu’ils regardoient comme une chose impossible
qu’on pût palper les couleurs. Il n’y en a qu’un petit nombre
qui distinguent le blanc parce que la surface leur paroît plus lisse.
Parlerons-nous aussi du sixième sens, inventé par quelques physiologistes
modernes ? Ce sens est, suivant eux, présent dans tous les sens ;
il veille quand ceux-ci dorment, et il est la faculté générale de perception
des somnambules; il prévoit les changemens de température,
et présage les événemens futurs ; il juge de la beauté et de 1 harmonie ;
il est l’instinct des animaux qui leur fait pressentirles dangers prochains ;
c’est par lui que le chercheur de sources et de mines connoît le voisinage
de ces objets; il a son état d amaurose et d obscurité; il résidé
dans les os et dans les parties molles, dans la peau, dans les viscères,
Diderot, 1. c. p. i47-
dans la région épigastrique où sont situés les plexus rétiformes des
innombrables ganglions nerveux ‘.
C’est vraisemblablement aussi par le moyen de ce sixième sens que
ces philosophes ont trouvé que l’ouïe et la vue, comme étant des sens
supérieurs, affectent le voisinage du visage, et qu’entendre n’est autre
chose que toucher avec les parties dures du corps. Nous savons anatomiquement
que le nerf olfactif est le plus haut et le plus rapproché
de l’organe de l’intelligence, et qu’au contraire le sens de l’ouïe est
place au-dessous de la protubérance annulaire. Mais ce n’est pas l’unique
fois où le meilleur des mondes existe plutôt en métaphysique que
dans la nature même.
Comme on a remarqué que beaucoup d’animaux reeonnoissent
dune manière inexplicable lés rapports de lieux et de régions, l’on a
supposé que cette faculté avoit son principe dans un sixième sens.
D autre? auteurs ont, avec Buffon, placé le sixième sens dans le désir
de se reproduire. Nous traiterons plus tard de ces deux objets.
Existe-t-il encore dans le règne animal d'autres sens extérieurs au
moyen desquels plusieurs animaux sont instruits de choses qui, par le
manque du sens convenable, seront toujours inconnues pour nous ?
ou bien tous les sens ne sont-ils essentiellement que des proportions
et des modifications différentes des cinq sens que nous connoissons ?
Il est difficile de décider ces deux questions avec quelque certitude.
Comme dans les autres êtres organisés vivans on trouve tant d’appareils
dont on ne découvre pas la moindre trace chez l ’homme, les
animaux ne peuvent pas être considérés comme de simples fragmens
de l ’homme , et l’homme ne peut pas non plus être regardé comme
l’ensemble de tous les organes et de toutes les facultés des ardpiaux.
Des fonctions des sens en général.
Les impressions, soit qu’elles viennent du monde extérieur par les
Walther, Phys. T. Il, S. a5G.