
Tel paraît au loin avoir un mérite colossal, qui de près
fait pitié. Où est d’ailleurs le misérable écrivain qui, en
prenant parti pour ou contre une opinion , ne trouve
ses prôneurs dans les sectateurs ou adversaires de cette
opinion ? D’après cela, comme nous présentons partout
et indistinctement le pour et le contre, en cherchant à
relever tous les doutes et toutes les objections, nous devons
espérer que nos lecteurs auront pour nos éclaircis-
semens la même indulgence que nous avons eue pour les
objections et pour les doutes de toute espèce.
Il est vrai que quand l’auteur d’une découverte est
parvenu à rendre sa doctrine inattaquable, on dit que
toutes les objections dirigées contre elle ont été futiles.
Alors les plus rusés qui cherchent à miner sourdement
la vérité, plutôt que de lui faire une guerre ouverte, ou
au moins déclarée, se renferment dans le silence, et
bien loin de rendre un hommage éclatant à la vérité,
ils évitent soigneusement tout ce qui pourroit y ramener
l’attention du publie. Ceux qui ont crié le plus fort
contre l’absurdité des nouvelles opinions et ont sonné
partout le tocsin pour annoncer qu’elles étoient extrêmement
dangereuses, ne manquent pas non plus alors
de dire qu’ils ont toujours pensé comme l’auteur de la
découverte, et que personne n’a jamais pu penser autrement;
ou bien ils vont fouiller dans la poussière des
bibliothèques pour prouver, à la honte de l’inventeur ,
que ses prétendues découvertes étoient déjà connues
d’Hippocrate, et même, s’il est possible, de Confucius.
Mais ce triomphe qu’obtient une vérité nouvelle, ne lui
est accordé que parce que ses défenseurs ont pris la peine
de réfuter sans distinction toutes les objections, même
les plus absurdes.
Lors même que l’inventeur a réussi à écarter de son
chemin tous les obstacles relatifs à la science, ses adversaires
savent encore recourir à mille petits subterfuges,
et soutenir la partie par des lieux communs de cette
espece : L'inventeur est actuellement totalement oublié ;
ses partisans, s'il lui en reste, n'osent plus rien dire $
rien ne nous seroit plus aisé que de prouver la nullité
de ses prétendues découvertes, si c'étoit ici le lieu , etc.
On s’en rapporte d’ailleurs aux argumens dont on
s’est servi autrefois pour réfutée la nouvelle doctrine,
quoiqu’on n’en ait jamais rien présenté avec exactitude,
et qu’on n’ait pas produit contr’elle un seul argument
fondé. Si parfois ces vaillans antagonistes se trouvent
forcés de reconnoître encore quelques signes de vie à
celui qu’ils prétendent avoir enterré depuis long-temps,
ils ont sagement recours à des généralités, en disant que
son ouvrage est sans intérêt, qu'il ne contient que de
froides hypothèses, que les objets y sont traités sans logique,
etc. ; et néanmoins ils se gardent bien d’en offrir
un seul exemple à leurs confiahs lecteurs. Mais qu’un
des leurs parvienne adroitement à s’approprier quelque
découverte de l’inventeur qu’ils décrient, ou que par là
il soit conduit à quelque nouvelle expérience, rien alors
ne surpasse les travaux ingénieux de ces mêmës hommes