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de ses premiers et de ses plus importans effets; et presque toujours des
choses que I on devroit considérer comme des propriétés essentielles et
inhérentes aux corps’, sont personnifiées et transformées en substances
réelles.
Ces élans d’une imagination téméraire sont absolument hors de notre
sphère; ils n’ont servi, après des milliers d’années, qu’à grossir l’histoire
des erreurs de l’esprit humain ; ils ont entravé le naturaliste dans 1 étude
du monde physique, autant que le bon et le mauvais principe, et le
combat éternel des génies, imaginés par les Brames et Zoroastre, ont
éloigné les moralistes et les métaphysiciens de la connoissance des
véritables mobiles des actions des hommes.
Ce ne fut que par degrés, lorsque l’on commença à examiner les phénomènes
et les faits en eux-mêmes , indépendamment de toute explication
, et à rechercher les circonstances qui les accompagnent, que l’on
reconnut l’insuffisance de toutes ces opinions. Aussi Curt Sprengel
dit-il, ‘ avec beaucoup de vérité : « Toute théorie qui n’a pas été forci
mée par voie d’induction , mais conçue seulement par l’imagination ,
« doit s’attendre à être contredite par l’expérience, à ne pouvoir pas
« être mise en pratique, et à tomber tôt ou tard dans l’oubli. »
Peu à peu l’on revint à cette question : Est-ce l’ame qui opère dans
le corps tous les changemens dont la plupart ont lieu sans qu’elle
en ait la conscience ? Whytt», Sauvages , Hartley, Unzer, Charles
Bonnet, etc., reconnurent et soutinrent qu’au moins toutes les fonctions
naturelles du corps se faisoient indépendamment de la conscience
et de la spontanéité, par conséquent d’une manière nécessaire, et que
l’ame ainsi bornée dans son empire, avoit son siège dans tout le corps.
On chercha comment plusieurs changemens s’effectuoient dans le corps
à l’insçu de l’ame. Le Cat et Johnston crurent en avoir trouvé la cause
dans les ganglions.
Mais déjà Glisson donna à la matière une activité propre ; et en particulier
à la fibre animale une irritabilité spéciale. Frédéric Hoffmann
• L. c. T. IV, p. 58o.
posa pour première base de son système , que le corps de 1 homme,
de même que tous les autres Corps de la nature , étoit doué de
forces matérielles, par le moyen desquelles il produisoit ses mouve-
mens. De Gorter 1 enseigna que les mouvemens des plantes dérivent
du même principe qui préside aux fonctions du corps des animaux, et
qu’on doit en conséquence reconnpitre dans la vie végétale quelque
chose de plus qu’un simple mécanisme ; mais en même temps il distingue
ce principe, de l’ame et de l’irritabilité musculaire. Il le place
dans tout le corps, et non pas seulement dans les nerfs et dans les muscles.
.Winter et surtout Lups * démontrèrent que l’irritabilité est indépendante
de l’influence des esprits vitaux, et appartient primitivement
aux fibres. Lups prouva que les plantes manifestent, comme les polypes,
des phénomènes qui ne peuvent être qu’un résultat de l’irritabilité;
telle est l’élasticité des anthères qui lancent le pollen, aussitôt
qu’on les touche. Le comte del Covolo vit les étamines se raccourcir
lorsqu’elles sont irritées: il observa, avec Kolreuter, que dans beaucoup
de fleurs l’irritabilité s’étend aussi aux pistils. Linné et Zinn ont décrit,
sous le nom de sommeil des plantes, l’état où elles disposent, pendant
la nuit, leurs feuilles dans une situation différente de celle quelles
avoient durant le jour. Darwin3, Adanson, Duhamel ■ *, Barthez, etc.,
parlent de l’irritabilité des fleurs et des feuilles de diverses espèces de
plantes. Unzer5 prétendit que l’irritation d’un nerf, soit qu’elle arrivât
ou "non jusqu’à l ’ame, produisoit, par elle-même et indépendamment
du cerveau et du pouvoir de l’ame, une impression sur le système
nerveux et musculaire, et y occasionnoit des mouvemens. C’est par
là qu’il tenta d’expliquer les mouvemens et les habitudes qui parois-
sent spontanés dans certains animaux. Il montra aussi comment, dans
1 Exercitationes medicæ quatuor. Àmstelod. 1784.4 °-
* De irritabilitate. Lugd. Batav. 1748- 4°
3 Zoonomie.
4 Phys, des plantes.
5 Erste Grande einerPhys. der eigentlich thierischen Natur. Leipz. 1771. 8 .