
santés par elles-mêmes pour établir un meilleur ordre dans la pensée ?
Peuvent-elles rectifier les erreurs de l’esprit, donner naissance à 1 industrie,
aux arts, et aux inventions ? Le degré de perfection de la nature
des animaux est-il une suite d’un toucher plus délicat . JNoa
facultés intellectuelles ou celles des animaux sont-elles d’autant plus
nombreuses que les organes du toucher sont plus nombreux et plus
fins ? Un toucher plus parfait donne-t-il des connoissances plus précisés
et plus étendues ? et les animaux choisissent-ils les choses propres a
leur conservation avec d’autant plus de sûreté, que leurs organes du
toucher sont plus souples? Le toucher peut-il produire l ’attention , la
mémoire, le jugement, l’imagination, les idées abstraites, la curiosité
, l ’envie de s’instruire, les désirs et les passions ? Peut-on le regarder
comme l’origine première de toutes ces facultés? ou doit-on plutôt le
considérer comme un instrument, comme un moyen, qui a été créé
pour le service de facultés d’un ordre supérieur, et mis en relation
réciproque avec elles ?
Par une conséquence naturelle des opinions des divers écrivains que
nous avons cités plus haut, ne seroit-on pas tenté de croire que les
polypes, qui, suivant l’expression de quelques naturalistes, palpent la
lumière, doivent avoir les connoissances les plus précises et les plus
étendues ? Leurs organes du toucher si nombreux et si flexibles, ne
doivent ils pas nous faire espérer que nous reconnoîtrons un jour leurs
découvertes géométriques ? L ’écrévisse, le papillon, le capricorne qui
ont des antennes si compliquées, est-oe par une modestie philosophique
qu’ils nous cachent leur sagesse ? 11 est fâcheux que la plupart
des insectes exercent leurs facultés à l’époque où ils sont imparfaits,
et où leurs antennes ne sont pas encore développées; et que ceux
qui font usage de leurs facultés dans leur état de développement complet,
tels que les abeilles, les guêpes, le cèdent aux premiers poui
la beauté de leurs antennes. Est-il vrai que plus les animaux ont les
organes du toucher parfaits, plus ils peuvent pourvoir avec sûreté à la
conservation de leur existence ? Pourquoi les naturalistes ne s’emparent-
ils pas de cette observation si lumineuse pour expliquer l’extinction
de plusieurs espèces d’animaux du monde primitif ? Nous sommes
probablement redevables de 1 existence des huîtres, des poissons et
des chevaux actuels, au soin qu a pris la nature dans le monde présent
de changer sa marche en imposant à l’ensemble du règne animal la
condition de consulter l’odorat dans le choix des alimens. Si la queue
du castor et la trompe de l’éléphant sont la cause de leur sociabilité
et de leur disposition à se laisser apprivoiser ; si le toucher imparfait des
oiseaux est la cause de leur inaptitude à recevoir de l’éducation et
de leur manque d’attachement, on peut douter que les chiens, les
brebis, les poules et les oies soient des animaux privés et sociables ;
on peut douter aussi que le bouvreuil et le merle, le perroquet et le
corbeau puissent apprendre les uns à chanter, les autres à parler; et
il faudra même oublier la merveilleuse construction des nids des oiseaux.
Si la marche de la pensée est tellement mécanique, que ce soit
le toucher qui range les idées dans un meilleur ordre, parce qu’il agit
lentement, séparément et successivement sur les objets, ce seroit à la
vue qui dans un coup-d’ceil contemple l ’univers, qu’il faudroit attribuer
l’avantage de donner les idées les plus promptes, les plus générales
et les plus étendues. Si le toucher possède la faculté admirable
de corriger les erreurs de l’esprit, qu’on nous montré une erreur morale
ou physique dont le toucher d’un animal ou d’un homme nous
ait délivrés. Que le maniaque qui croit sans cesse entendre chuchoter
à,ses oreilles des voix étrangères, et qui est continuellement tourmenté
par des insectes imaginaires, se consume perpétuellement en
efforts inutiles pour saisir le bavard insupportable et l’insecte incommode;
que dans son déifie amoureux il ait mille fois trouvé qu’il
n’embrassoit rien, les voix n’en continuent pas moins à chuchoter, les
insectes à le tracasser , et il embrasse encore mille fois le fantôme de
son imagination ardente. Si c’est aux mains qu’est due l’origine des
inventions, des arts, pourquoi les idiots et les imbéciles n’inventent-ils
rien ? Pourquoi le peintre laisse-t-il tomber le pinceau, le sculpteur
le ciseau, et l’architecte le compas, aussitôt que leur esprit est
dérangé ? Comment au contraire se fait-il que des hommes nés sans
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