
traces de filamens nerveux. Les pédoncules du cerveau sur la surface
desquels les faisceaux de filamens sont si visibles par la suite, paraissent
ne consister alors que dans un amas de substance grise ; les couches
optiques, les corps striés et les hémisphères ne contiennent encore
aucun filament distinct ; on les découvre plutôt dans les lobes postérieurs
et moyens, que dans les antérieurs.
L ’état irrégulier ou malade de l'organisme nous donne aussi à chaque
instant des exemples de nouvelles productions. Lorsqu’une particule
de virus de la petite vérole , de la rougeole , de la scarlatine ,
de la rage, de la peste, du cancer , de la maladie vénérienne, communique
à chaque partie , et à des systèmes entiers les mêmes affections,
celles-ci ne sont-elles pas autant de nouvelles productions ? que sont
les pseudo-membranes dans les inflammations, et en général toutes les
excroissances contre nature ? Ne voit-on pas aussi se produire de nouvelles
dispositions à de nouvelles maladies qui, avec la semence,
passent des pères aux enfans ?
Ces observations peuvent suffire poür faire révoquer en doute l’opinion
d’après laquelle dans l’organisme vivant tout est formé simultanément.
Par conséquent quoique nous n’alléguions pas l’inégalité dés
époques de la croissance et du développement, qui ne sont dans le
fond que des productions et des transformations nouvelles, les anatomistes
ne doivent pas moins abandonner les prétextes auxquels ils
ont coutume d’avoir recours pour justifier leur méthode arbitraire. Les
observations suivantes leur persuaderont quelle est la méthode qu’ils
doivent préférer en se conformant aux lois de la raison et de l’organisme
, s’ils désirent acquérir quelque chose de plus qu’une connois-
sance grossière, mécanique, et confuse des parties du cerveau.
Nous avons prouvé que la substance grise et les filets nerveux sont
les parties qui constituent essentiellement tous les systèmes nerveux ;
nous avons démontré que partout les filets nerveux naissent de la
substance grise ; que par conséquent elle est la substance primitive
et nutritive des nerfs; pourquoi aurait-elle dans le cerveau une destination
différente de celle qu’elle a dans les autres systèmes nerveux ?
Or si l’on convient que la substance grise du cerveau engendre aussi les
filets nerveux, on doit de même en dériver leur origine, leur commencement.
Si l’on a raison de faire commencer les systèmes particuliers
de la poitrine et du bas-ventre de leurs ganglions, ceux de la colonne
vertébrale de la couche de substance grise contenue dans l’intérieur de
la masse nerveuse, et les nerfs 4es sens dans la masse grise et dans les
ganglions d’où ils sortent, pourquoi ne veut-on pas placer le commencement
des fibres du cerveau dans la masse grise où on les voit distinctement
naître? Ainsi partout où il y a de la substance grise, nous devons
penser qu’il y a commencement de nerfs ; et quiconque commence ses
recherches et ses descriptions par des nerfs ou des faisceaux nerveux
déjà formés, agit d’une manière contraire aux lois de la nature.
Nous avons en outre prouvé dans le plus grand détail, que les
différens systèmes nerveux ne sont ni formés, ni perfectionnés à la fois ;
que souvent ils sont très-peu Considérables dans leur origine, mais que
dans leur cours ils acquièrent continuellement un nouvel accroissement
par la substance grise et par les ganglions, et que de cette manière
ils parviennent à leur perfectionnement et enfin à leur achèvement.
Qu’y a-t-il donc de plus conforme à la marche de la nature, et
à la raison, que de commencer ses recherches parle même point où
la nature commence son ouvrage; de les continuer en suivant les
degrés de formation et de perfectionnement, et de les terminer là où
l’organe se présente à nous dans son état d’entier achèvement ? Peut-
on espérer que , par une marche contraire ou par le morcellement
des parties, on arrivera à la connoissance exacte des appareils par lesquels
la nature s’est proposé d’atteindre à un but commun ? A-t-on
quelque exemple d’une partie qui diminue à mesure que l’appareil qui
sert à la produire, devient plus compliqué ?
Voyons également la marche que suit la nature dans la formation
des plantes. Comment cet arbre qui s’offre à nous dans toute sa perfection
, est-il parvenu à cet état de développement-?
Le germe reçoit sa première nourriture des cotylédons, auxquels il
est intimement uni. Lorsque, dans le cours ultérieur de sa croissance,