
physique et physiologique , aient offert un corps de doctrine bien
suivi et complet.
Tantôt nous ne pouvons, sans le secours des sens, recevoir aucune
idée; toutes nos connoissances, toutes les facultés de notre esprit et
de notre ame, sont l’ouvrage du monde extérieur ; tantôt on admet
en nous des sensations et des idées; mais elles ne peuvent être réveillées
que par l’intermédiaire des sens. Dans les deux cas, on regarde la
perfection des facultés intellectuelles de l’homme, des différentes
espèces d’animaux et des individus, comme un résultat de la perfection
et de l’harmonie de leurs sens. Tantôt les sens ne sont que les
instrumens, et l’esprit, librement et indépendamment de toute organisation,
modifie les impressions qui lui sont transmises. Tantôt on
admet une source extérieure et intérieure de nos sensations et de nos
idées ; et on les soumet plus ou moins l’une et l’autre aux lois de 1 organisme.
Tout retentit des plaintes répétées contre l’illusion des sens.
Enfin on rejette absolument le témoignage des sens, et tout jugement
dont il est la base ; le monde extérieur n’est alors que le reflet trompeur
de notre intérieur; le monde sensible est rebuté comme l’objet
le plus ignoble des recherches humaines , et ce n’est que lorsque le
philosophe a appris à construire de son moi le monde extérieur, qu il
peut s’élever à des vérités générales , nécessaires et éternelles.
Si cette dernière proposition est vraie, l’on n’a pas besoin de recueillir
des faits si nombreux, pour en déduire peu à peu des lois et
des principes. En peu de temps, l’essor de notre imagination nous
élévera à un degré plus haut que celui où pourroit nous faire atteindre,
par la voie de méditations et d’expérjences, la vie la plus longue et
la plus active. Mais si nous recevons nos idées et toutes nos connaissances
uniquement par les sens, alors l’homme et les animaux sont le
jouet perpétuel des objets extérieurs, fortuits et versatiles ; la mesure
des facultés n’a plus d’autre base que la perfection des sens ; et l’éducation
dont le but doit être de faire ce que l’on désire des individus
et des nations, n’a plus d’autre secret que de calculer convenable'
ment l’action du dehors sur les sens,
Si les conditions matérielles des facultés de l’ame et de l’esprit sont
bornées aux seuls organes dès sens, c’est une entreprise vaine de vouloir
chercher dans le cerveau et dans ses parties les organes de facultés
plus élevées. Si l’on cherche sans aucune réserve le principe de
toutes les actions des animaux et des hommes dans leur nature intérieure
et innee, et si en conséquence on n’a pas assez d’égard à l’in-
jluence des objets environnans et des institutions sociales, l ’on est en
contradiction manifeste avec l’histoire de tous les temps et dè tous les
individus. Si l’on reeonnoit enfin que les sens procurent des matériaux
nombreux que l’esprit travaille par le moyen d’instrumens plus
elevés; et si 1 on peut établir que l’homme intérieur lui-même est doué
d une multitude de dispositions, nous devons chercher nos idées et
nos connoissances en partie dans les phénomènes du monde extérieur
et dans leur emploi raisonné , et en partie dans les lois innées des
facultés de notre esprit et de notre ame; en suivant ces deux voies,
nous pourrons trouver les vérités pratiques et générales.
On ne peut donc regarder sous aucun point de vue comme une
entreprise oiseuse les efforts du physiologiste qui cherche à déterminer
avec précision jusqu’où les sens étendent leur influence médiate et immédiate
sur les fonctions d’un ordre supérieur. Afin de pouvoir déduire
des principes plus sûrs et des conséquences plus générales, nous
allons exposer préalablement nos recherches sur les fonctions de chaque
sens en particulier.
Du goût.
Dès que l’être vivant est assez formé pour ne plus recevoir sa nourriture
sans conscience, le sens du goût semble, à l’exception de la
faculté générale de sensation j être le premier , le plus général, et le
plus indispensable des sens. C’est par lui que cet être vivant obtient une
jouissance spéciale , et la faculté de contribuer volontairement à son
existence. Il semble aussi que c’est le sens qui agit le premier dans les
animaux. La cinquième paire de nerfs, dont plusieurs branches s’épa