
qui, dans ce cas, ne rougissent pas de faire entendre à
leurs lecteurs que leurs découvertes et leurs expériences
confondent pleinement l’auteur à qui il les ont volées.
Un de leurs derniers efforts c’est d’avouer aussi que
l’auteur, n’importe qu’il soit l’inventeur ou un de ses
partisans, s’est donné la peine de répondre à quelques
objections, mais qu’il les a toutes prises parmi celles
qu’un homme sensé rougiroit de faire, en évitant soigneusement
toutes les autres qui auraient pu l’embarrasser
Cependanton se tait absolumentsur ces objections
embarrassantes, ou bien l’on en tire une du livre même
de l’auteur sans avouer ni même laisser soupçonner
qu’il l’a réfutée. Toutes ces petites menées et d’autres semblables
peuvent bien en faire accroire aux ignorans; mais
celui qui connoît l’esprit humain sait à quoi s’en tenir,
et l’inventeur poursuit tranquillement sa carrière, comme
un astre qui dissipe les ténèbres, bien que les yeux
malades ne puissent supporter son éclat.
Tels sont les motifs qui, dans les objets importans ,
nous ont déterminés à en donner toujours l’histoire
littéraire. Il est vrai que celui qui se sent la force de 1
1 C’est ainsi que dans le journal de médecine de MM. Corvisart,
Leroux, Eoyer,tom. i 3 , pag. 229, on a dit, en parlant deM.Deman-
geon qui, dans sa Physiologie intellectuelle, avoit cru ne devoir répondre
qu’aux objections les plus importantes : « Parfois même il
« combat quelques-unes des objections que l’on a faites au système de
h son maître ; mais il a soin de les bien choisir, et de ne pas aborder
« celles qui pourraient être embarrassantes ».
découvrir , ne peut rien faire de mieux que de prémunir
son esprit contre toute espèce de prévention, et d’interroger
d’abord la nature en s’abandonnant entièrement
à lui-même, jusqu’à ce qu’il soit, pour ainsi dire,
épuisé , et que son génie semble lui refuser des ressources
pour aller plus loin. C’est alors qu’il est temps
pour lui de rechercher aussi quels ont été les moyens
employés et les avantages obtenus par ses devanciers.
Ce travail lui ouvre encore un vaste champ de doutes
et de problèmes, et ce n’est que par là qu’il arrive a con-
noître avec exactitude l’état où se trouve l’objet de ses
méditations. Se détermine-t-il enfin à écrire, il ne court
plus le danger de paraître s’approprier exclusivement
des choses qui peuvent aussi appartenir à d’autres. S il
est obligé de céder à ses devanciers quelque chose de sa
propriété, le bon emploi et la répartition toute particulière
qu’il en aura faits, lui garantiront toujours ses
droits. Il en est tout autrement de l’écrivain qui jette ,
pour ainsi dire, une idée au hasard, et de celui qui la
développe et qui lui donne la vie en la rattachant aux
autres branches de la science. L’inventeur trouvant toujours
plus de choses à déblayer qu’à conserver, ne peut
qu’y gagner en rendant justice à ses prédécesseurs et en
faisant connoître la marche progressive de ses découvertes.
Par exemple, pourquoi les services rendus à l’humanité
par un Abbé de VEpée, perdroient-ils de leur
prix, quand on saura que, vers la fin du 16.me siècle, Pedro
de Ponce donnoit déjà , en Espagne, une instruction