
recevoir d’autres. C’est aussi par là que nous concevons pourquoi la
vue, l’ouïe, l’odorat, peuvent exister pour certaines impressions seulement,
et cesser pour d’autres. Si, lorsqu’il est question de sensation
et de mouvement, on vouloit s’en tenir aux mêmes idées, il seroit
difficile à nos adversaires de démontrer que les fibres de chacune de
ces fonctions, ont la même structure et les mêmes propriétés. Le nerf
lingual lui-même ne sert, suivant Scemmerring ' , qu’au mouvement
de la langue et il ne se ramifie que dans les muscles ; c’est pourquoi
l ’on peut quelquefois perdre le goût, quoique la langue conserve son
mouvement. Ainsi les faits anatomiques sur lesquels se fonde l’objection
, manquent d’exactitude.
Cependant nous convenons que le même filament nerveux possède
les deux facultés de sensation et de mouvement ; mais nous ne voyons
pas pourquoi ces deux fonctions seroient opposées. Dans cette manière
de voir, la faculté de l’irritabilité et celle du mouvement seroient également
opposées l’une à l’autre. Nous croyons plutôt que l’on ne peut
supposer aucun mouvement sans irritabilité, de même que l'irritabilité
ne devient phénomène visible que par le mouvement. C’est ainsi
que l’altération moyennant laquelle la sensation s’opère, suppose toujours
un mouvement préalable, et de cette manière, ces deux opérations
non-seulement ne sont pas opposées, mais la première ne peut
exister sans la. dernière. Si Ton ne comprenoit sous le nom de mouvement
que celui qui a lieu dans leskmuscles, les nerfs ne seroient
plus alors le siège de la faculté de mouvement; ils n’en seroient que
les simples conducteurs, comme hors du cerveau ils sont non pa^ le
siège de la sensation , mais seulement les conducteurs d’une altération
dont le cerveau a la perception, ce qui constitue la sensation.
La principale erreur que renferme l’objection citée, vient de ce que
l’on nous impute plus d’assertions que nous n’en avons avancées , et
que l’on a négligé la différence qu’il y a entre les facultés ou fonctions
communes des nerfs et leurs fonctions ou facultés particulières. Tous
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les nerfs, de même que tous les corps, toutes les plantes, tous les
vaisseaux et toutes les fibres ont certaines qualités communes ou générales;
d’autres qualités, au contraire, sont particulières ou spéciales
à chaque corps, à chaque plante, à chaque nerf, etc. ; toutes les parties
des plantes, et tous les viscères des animaux possèdent plusieurs qualités
communes , quoique chaque partie, chaque viscère remplisse
son emploi particulier.
De même l’irritabilité et la faculté de produire des sensations et du
mouvement appartiennent à tous les nerfs, au moins dans les animaux
supérieurs. Mais en outre chaque nerf a ses fonctions spécifiques , de
même que chaque viscère et chaque partie d’une plante. Tous les nerfs
des sens sont irritables ; tous servent à la sensation et au mouvement;
mais leurs fonctions spéciales ne sont rendues possibles que par des conditions
particulières. Si nous rencontrons une classe d’animaux, privée
d’un certain nerf de sens, nous voyons en même temps que les fonctions
de ce nerf ne sont suppléées par aucun autre système. Et à quoi
servirait qu’un nerf eût constamment la même origine , le même cours
en général la même organisation ? pourquoi un appareil extérieur ne
reçoit-il pas ses filets nerveux tantôt d’une branche nerveuse voisine ,
tantôt d’une autre ? à quoi bon des appareils si nombreux, dès que la
nature, toujours économe, eût pu atteindre son but avec un seul ?
Pourquoi un sens entier est-il anéanti, lorsque le seul nerf optique,
ou le seul nerf auditif est détruit ? La nature n’aüroit-elle pas pu remédier
à cetteperte, parles nombreuses communications des différens filets
nerveux, de même quelle remédie par de semblables anastomoses des
vaisseaux à la stagnation de la circulation du sang jj
S Une hypothèse très-singulière est celle que nous allons rapporter,
et dont on veut se servir pour démontrer que chaque nerf peut remplir
les fonctions d’un autre : « De même, dit-on, que dans l’inflammation les
vaisseaux capillaires sont métamorphosés en artères, et que dans la suppuration
ils deviennent des organes sécrétoires d’un ordre plus élevé;
de même dans le vomissement la partie supérieure du canal intestinal
qui d’ailleurs n’est qu’un organe d’ingestion devient un organe d’éges