
dirigés par M. Eschké à Berlin. Quelques-uns de ses écoliers connussent
ce que l’on d i t , au mouvement des muscles du visage, même
lorsqu’on tient la main devant la bouche ; ils lisent avec facilité ce
que l’on écrit en l’air avec le doigt, etc.
De la sensation et du toucher.
En traitant ce sujet, nous regrettons encore d’avoir plus à ; réfuter
et à corriger qu’à établir. Mais le plus sûr moyen d’approcher de la vérité
est, d’écarter les erreurs et les préjugés. .
Avant de parler du toucher, proprement dit, nous devons due
quelque chose de la sensation en général. Il est certain quun grand
nombre d’opinions erronées sur le toucher, ontpris naissance, et se sont
maintenues uniquement parce que l’on n’a pas établi assez exactement
la différence qui existe entre l’idée de perception , sensation, et celle
de toucher, tact.
La faculté d’éveiller des perceptions ou des. sensations est commune
à tout le système nerveux. Percevoir et sentir sont les phénomènes que
l ’on observe d'abord et le plus généralement dans tous les êtres doues
de la faculté de conscience. Quelqu’altération qui ait lieu dans leur
intérieur ou dans leur extérieur, elle devient une sensation aussitôt
que l’animal en a la conscience. Goûter, sentir, voir, entendre, et
toucher sont des sensations 5 mais nous ne sentons pas moins la douleur,
et le plaisir, la démangeaison, le châtouillement, le tiraillement
, etc. produits par des causes intérieures ; nous sentons la faim,
la soif, les besoins naturels; nous sentons la joie et la tristesse, la
haine et l’amour, l’humilité et l’orgueil, l’espérance et le desespoir,
le désir, l’angoisse, la crainte, la terreur, etc,; les actes de nos facultés
intellectuelles, penser, désirer et vouloir, sont également des-sen-
sations.
Par conséquent sentir, ou percevoir, est une fonction commune a
toutes les fonctions particulières du système nerveux ; c’est proprement
et uniquement le sens général sans lequel aucun" etj-e ne peut apercevoir
son existence ni l’existence des choses extérieures. Ce n’est que
dans ce sens qu’on dit avec vérité que l ’origine de toutes nos eon-
noissances est dans les sensations. Mais lorsque par sensation on n’entend
que l’impression du monde extérieur sur les sens , ainsi que font la
plupart des auteurs, on néglige entièrement l’animal et l’homme intérieurs
, et on oublie que le monde extérieur n’est connu qu’autant que
notre intérieur a la faculté de le percevoir, et qu’au surplus cette
faculté est une source abondante de sensations et d’idées nombreuses
par lesquelles chaque être conserve son moi et son naturel spécial,
malgré qu’ils soient tous entourés desmémés objets. DéjàProchaska a voit
rappelé l ’attention des physiologistes modernes sur les sensations intérieures;
Tracy, plus récemment, a fait de même. Cabanis aussi avoit
fait un pas de plus en adoptant des tendances instinctives. La plupart
des auteurs sont pourtant restés en arrière sur ce sujet, ainsi que le,
prouveront les remarques suivantes sur le sens du toucher.
Nous avons fait voir jusqu’à quel point les sens dont nous avons
parlé précédemment, doivent produire les idées des choses extérieures;
nous avons fait voir jusqu’à quel point l’oreille et l’oeil donnent une
idée exacte de l’espace , de la forme, du nombre, de la figure et de la
position des corps; nous avons démontré que l’instruction préalable
du toucher ne sert nullement; que l’oeil voit, d’après ses lois propres,
les rapports des objets que nous venons d’énoncer, et qu’il seroit
ridicule d’accuser la nature d’avoir créé des sens dont les fonctions ne
seroient possibles que par le concours d’un autre sens entièrement
différent. De cette manière nous avons déjà beaucoup diminué les
prérogatives qu’on attribuoit au sens du toucher.
Mais nous n’avons pas encore parlé des opinions qui concernent
particulièrement ce sens. La plupart des auteurs le regardent comme
le seul intermédiaire, lé seul directeur, le seul réformateur des autres
sens. Sans lui y disent-ils , il n’y auroit point de monde extérieur; « car
comme nos sensations, dit Condillac ‘, ne sont pas les qualités mêmes
1 Traité des sensations. Lond. 1754, Tom. I , p. 161.
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