
d’énoncer des choses extraordinaires, tout-à-fait dénuées
de probabilité, et démenties en peu de temps ? Le vif
sentiment de la pureté de mes vues, pouvoit seul m’inspirer
à chaque pas la confiance et la hardiesse nécessaires.
Quand on a découvert par l’expérience une série
de vérités qui satisfont l’esprit, on cherche avec courage
tous les doutes et toutes les objections possibles; chaque
doute que l’on résout, est un préjugé détruit ; chaque objection
que l’on réfute est une erreur renversée. Je me
familiarisai de cette manière avec la plupart des difficultés,
et je sus en apprécier la valeur ; ce qui me permit
de m’occuper paisiblement à réunir des faits. J’entretiendrai
par la suite le lecteur de tous ces objets. En
attendant je me bornerai à lui présenter les considérations
suivantes qui devroient être profondément gravées
dans, le coeur de tous les observateurs , et qui depuis
long-temps me sont devenues habituelles.
L’homme et les animaux, quelles que soient leurs
facultés respectives, sont des anneaux de la chaîne des
êtres; aucun d’eux n’a été produit par des événemens
accidentels et isolés; par conséquent la connexion; et
l'harmonie doivent exister partout. Dire que les êtres et
que leurs qualités sont en contradiction réciproque , c est
prononcer que le Créateur de toutes choses n’a pas su
ce qu’il faisoit, puisque, dans cette supposition, le désordre
et la disconvenance régneroient dams ses ouvrages.
Ainsi quiconque énonce des vérités sur la nature des
hommes èt des animaux, n’a d’autre devoir à remplir que
de présenter les motifs sur lesquels il appuie sa doctrine,
afin de mettre chacun en état d’apprécier leur degré de
vraisemblance. En outre, plus ses vues sont grandes, plus sa
doctrine touche de près aux affections et aux intérêts des
hommes, plus aussi il doit mettre de soin à éviter toute
espèce d’assertion arbitraire et téméraire.
Les vérités , dit-on, sont souvent dangereuses. Mais
la fausseté et l’erreur ne le sont-elles pas davantage, par
leur nature même ? Combien de fois l’histoire des découvertes
n’a-t-elle pas démontré l’ineptie de cette opinion
fondée sur la connoissance défectueuse de l’enchaînement
des choses ? Lès conceptions religieuses et politiques arment
souvent les hommes les uns contre les autres; mais
les opinions nouvelles en physique, en anatomie, en
physiologie, etc., ou rie sont pas un objet d’occupation
pour le peuple, ou n’excitent pas une sensation bien
vive. Si elles sont par fois la Cause d’un établissement ou
d’une loi, elles n’y paroissent tout au plus que comme
des motifs indirects. Au reste nous n’avons entendu parler
du danger de la vérité qu’aux gens qui Ont la vanité
de vouloir paroître éclairés, mais dont l’esprit est dans
le fait offusqué par les préjugés. On n’a absolument rien
à craindre lorsque l’inventeur, loin de chercher à surprendre
la foible imagination du peuple par des fragmens
paradoxaux, présente sa doctrine dans son ensemble,
et dans ses rapports avec les autres branches de nos eon-
noissances.
Mais lorsque des écrivains et même des gouvernemens