
che au rampement des vers ; nous sommes même persuadés
que chaque différence dans la structure d’un organe
analogue doit entraîner une différence dans ses fonctions,
et que, par exemple, l’homme voit autrement que le chien,
et le chien autrement que le chat. Cependant la nature
suit constamment un type général dans toutes ces différences;
et celui qui sait reconnoître ce type général
en comparant les systèmes analogues chez les différens
animaux, a découvert par l’anatomie comparée une loi
qu’il retrouvera aussi bien dans l’homme que dans tous
les autres animaux, peu importe qu’ils aient des écailles,
des plumes, des cornes, des queues pu des antennes.
Nous avons évité avec la plus soigneuse attention Je
défaut opposé, celui de présenter des principes généraux
sans les appuyer d’un nombre suffisant de faits. Nous
n’avons pu nous accommoder de la philosophie qui dédaigne
de recueillir les faits isolés, sous le prétexte que
c’est le point le plus bas où puisse descendre le naturaliste;
que les expériences n’ont qu’une valeur subjective
et que l’observateur mérite tout au plus le nom d’un
curieux qui fait des recherches pour lui-même. N’est-on
pas tenté de rire, lorsqu’on entend dire à des naturalistes
philosophes que nous avons toujours raison sous
le point de vue de l’expérience, mais que sous le point de
yue de la philosophie naturelle, nous avons tort1 ? Cela
ne. signifie-t-il pas que leur philosophie naturelle est en
1 StefFens, drey Vorl. über Gall’s Organenlehre, Halle i 8o5, p. g.
Opposition directe avec la nature? Il est réellement plaisant
de voir comment ces Messieurs régentent la nature ;
comment du haut de l’Empyrée ils mesurent le monde
qu’ils ont arbitrairement composé de généralités et d’abstractions
, en daignant à peine, avec l’orgueilleuse satisfaction
qu’ils éprouvent pour eux-mêmes, jeter un
coup-d’oeil sur le laborieux observateur. Mais s’agit-il de
guérir un malade, de conduire une affaire contentieuse
ou de payer dè sa personné dans toute autre carrière
pratique, alors ces sages prématurés sentent le vidé
de leurs connoissances universelles qui s’évanouissent
comme une vaine fumée, et ne leur laissent que le regret
d’avoir perdu les plus belles années de leur vie à
courir après des fantômes chimériques. Lorsqu’on a
vu tant de fois , comme l’observe Reil ', les défenseurs
de la philosophie transcendante se heurter les uns contre
les autres dans les régions éthérées qu’ils parcourent, et
leur édifice fragile s’écrouler sous les mains mêmes de
ses architectes , comment ne çesse-t-on pas de construire
avec de la poussière ?
Comme nous faisons toujours marcher d’un pas égal
les ëxpériences et la raison, il est juste que ceux qui veulent
examiner nos assertions, adoptent la même manière
de procéder. Il n’est pas possible de faire une observation
exacte sans le concours de la raisbn. Vicq-d’Azyr l’a bien
senti en disant que pour bien voir, il faut souvent bien
1 Archiv für Phys. B. II, S. 320.