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hautes et par lesquels la nature s’est rapprochée d’un degré des systèmes
plus élevés encore des sens et du cerveau.
Ayant vu jusqu’à présent qu’il y a des systèmes nerveux qui ne
peuvent qu’exciter des sensations, et que d’autres au contraire servent
en outre aux mouvemens volontaires, on se demande s’il faut faire
une différence entre les nerfs des sensations et ceux des mouvemens ?
Erasistrate avoit admis cette distinction, mais dès le commencement
du quatorzième siècle , Torrigiano l’a rejetée, parce qu’ordinairement
le même nerf est le siège de la sensation et du mouvement. Nous
ajoutons à cela que le phénomène pathologique dans lequel tantôt le;
mouvement, tantôt la sensation se perdent, a lieu dans les parties qui
ne reçoivent que des nerfs du mouvement volontaire. On ne peut non
plus démontrer cette différence, par aucun moyen, soit dans les divers
faisceaux des nerfs à leur origine , soit dans leur cours ultérieur.
Il est d’ailleurs certain que tous les nerfs du mouvement volontaire
peuvent aussi exciter des sensations sur toute la surface du corps ,
et particulièrement aux extrémités des doigts ils produisent le sens du
toucher. Mais la force de tous les nerfs de sensation n’est pas graduée
jusqu’à la faculté de mouvement ; et pourquoi les sens ont - ils des
nerfs particuliers pour leurs fonctions spéciales, et d’autres pour le
mouvement ? Seroit-il donc suffisant, pour expliquer les phénomènes
pathologiques, de supposer qu’ils proviennent d’une simple modification
, d'une altération inconnue des mêmes nerfs ?
Le système nerveux de la colonne vertébrale est beaucoup plutôt
développé dans le foetus et dans l’enfant, que celui du cerveau. Tandis
que le cerveau ne semble être encore qu’une substance molle ,
pulpeuse, rougeâtre, dénuée défibrés, le système de l’épine du dos,
sans être proportionnellement plus grand, est déjà tellement formé et si
ferme qu’il l’emporte sous ce dernier rapport sur ce qu’il est dans les
adultes. La substance grise est aussi plus abondante, et les deux renfle-
mens inférieurs sont plus marqués chez les enfans que chez les vieillards.
Ce développement si précoce des systèmes nerveux de la colonne
vertébrale nous explique pourquoi, dans les jeunes animaux et dans
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les‘enfans, le penchant au mouvement agit si puissatnment ; tandis
que l’esprit ne devient, que beaucoup plus tard, capable d’efforts soutenus.
Nous voyons aussi pourquoi les habitudes deviennent successivement
plus tranquilles , et comment, dans un âge plus avancé, le
besoin du repos vient à dominer chaque jour davantage, à mesure
que la substance grise diminue et que les nerfs s’amollissent de plus
en plus.
Il faut cependant observer que les paires de nerfs et les ganglions
des extrémités inférieures ne l’emportent point encore dans l’enfance
sur les paires de nerfs et sur les ganglions des extrémite's supérieures 5
ainsi que cela a lieu dans la puberté.
Il séroit à souhaiter que les médecins connussent, dans le plus
grand détail, les altérations que les maladies font subir aux systèmes
nerveux de la colonne vertébrale. Mais l’examen de ces systèmes dans
les autopsies cadavériques ordinaires, est sujet à tant de difficultés,
que ces recherches rebutent ceux même qui sont convaincus de leur
utilité.
Outre1 les maladies communes à ces systèmes nerveux et aux autres,
telles que les indurations, l’ossification des vaisseaux , les épan-
chemens de sang ,: les inflammations, les ulcères, etc. , ils sont encore
sujets à des maladies qui leur sont particulières. Dans les individus
morts d’épuisement ou de la siphylis, on trouve ordinairement
la moelle épinière très - molle ; elle est au contraire très-ferme dans
ceux qui sont morts après des convulsions.
Après une violente commotion de la moelle épinière chez un individu
tombé du haut d’un arbre, sur le dos, nous avons vu les extrémités
supérieures et inférieures , et les muscles de la vessie et du
fondement paralysés ; le malade n’a guéri que lentement, et par l’effet
des irritans extérieurs et intérieurs. Nous avons vu de même , après une
luxation d’une vertèbre cervicale occasionnée par une chute sur la tête,
tous les membres être frappés de paralysie, puis une consomption complète
survenir avec des symptômes semblables à ceux d’une phtisie
pulmonaire, qui dans l’espace de deux ans ont causé la mort de l ’enfant.